Par Laurent Lecerf à http://pages.infinit.net/laurentl
Par Jérôme
Zini
Personnellement je nai aucune expérience de ce genre de chasse.
Cependant, je pars pour la Guyane au mois de février de lan 2000. Lors de ce voyage
, je serais accompagné de personnes confirmées pour ce genre d expédition . Je
suis donc au courant de tout ce qui est relatif à cette chasse par lintermédiaire
de ces personnes. Les démarches : La première chose à penser est la vaccination. Vous
devez vous y prendre au moins neuf mois avant le départ . Les vaccins conseillés sont la
fièvre jaune, la fièvre typhoïde, lhépatite A et B, la polio , le tétanos et la
malaria . Cest un investissement qui vous coûtera +/- 2000 FF. Deux mois avant le
départ, il est préférable de réserver votre billet d avion afin quil vous
coûte moins cher (+/- 3000 FF , aller-retour Orly-Cayenne). Concernant les préparatifs :
ceux-ci seront en fonction de la période à laquelle vous y allez. En février, ce seront
spécialement pour les coléoptères et les papillons nocturnes. Donc il faut prévoir +/-
3000 papillotes. Mais aussi du matériel demballage pour coléoptères (+ du
paradichlorobenzène , de lammoniac, un filet à papillon ,
). Par contre si
vous y allez en octobre-novembre, il ny aura que des lépidoptères diurnes et
nocturnes . Lhébergement : Pour les entomologistes, il se fera au groupement
« Patawa ». Il sagit dun campement situé au coeur de la forêt Amazonienne
(+/- à 2 heures de voiture de laéroport) . Vous disposez du sanitaire nécessaire,
dun hamac pour dormir et des repas pour une somme de +/- 40 FF/jours (Ce nest
pas lhôtel).Vous devez prévoir aussi votre départ en fonction des lunes car comme
vous le savez certainement, les chasses sont principalement nocturnes. Pour
linvestissement (logement, location dun véhicule, location dun groupe
électrogène) vous devez prévoir +/- 10000 FF/personnes à condition de partir au
minimum à quatre. Concernant lexpédition : Je vous fais part du conte rendu des
personnes qui maccompagnent car elles y sont déjà allées deux fois.
1°) Ce nest pas un voyage sans danger, notamment au niveau des serpents. Il faut donc que vous soyez vigilant et regarder où vous posez les pieds. Se méfiez aussi des batraciens et des araignées. Si vous faites de la forêt , prévoir une arme.
2°) Les chasses nocturnes se déroulent en bordure de chemin. La lampe est allumée du crépuscule au petit matin. Que pouvez vous chassez ? en février-mars , coléoptères, Saturnidae, Sphingidae, criquets, sauterelles, menthe, en novembre, lépido. Nocturnes et diurnes, criquets, sauterelles, menthe, .Si vous avez des questions précises sur la Guyane, nhésitez pas à me contacter. Jai eu loccasion de faire quelques chasses en Italie. Concernant le site , je ne vois aucun inconvénient si vous désirez my introduire. Je serai personnellement intéressé par une rubrique « échange d insectes ». Faites le sous le nom de Jérôme Zini car je nai pas internet et jutilise lE-mail de Ergo Johan.
P.S. Les prix indiqués sont convertis en francs français suivant les tarifs belges. Nous écrivons en effet de Belgique.
Par Chaulet Fabrice pour plus de détails cliquez ici
Suite à mes quelques lignes sur mes voyages en Guyane je vous réponds à ce sujet :
De nombreux entomologistes ne se déplacent pas en Guyane faute :
Avec laide dun fidèle compagnon entomologique, nous avons décidé dorganiser plusieurs voyages en Guyane à partir de lan 2000. Dans cette organisation sera compris :
pour tous renseignements complémentaires envoyez-moi un mail à chauletf@ifrance.com ou un courrier à
CHAULET Fabrice
Les Hautes Varennes
37260 ARTANNES
06 16 51 85 57
Nous vous renverrons par courrier postal toutes les informations que vous aurez besoins.
Les prix restent " modiques " pour un voyage aventure de la sorte. Les voyages seront organisés si au moins cinq personnes sont intéressées par le voyage. Personnellement nous essayons y allons dès que nous avons nos congés de travail et cest le dépaysement garanti !
Nous espérons faire votre connaissance
BONNES CHASSES "
Trois semaines dentomologie en Corse
Par JC Lecat
Javais déjà, il y a quinze ans, passé deux semaines à rechercher le coléoptère en Corse, mais, coincé par le fait que javais réservé en pension complète dans un hôtel dAjaccio, je navais pas pu fouiner à mon aise dans tous les recoins de lîle, obligé de rentrer ponctuellement pour les repas et la nuit.
Javais néanmoins fait une fort belle collecte, principalement de scarabéidés coprophages, et je rêvais depuis longtemps de recommencer lexpérience en me donnant cependant beaucoup plus de liberté.
Malheureusement la Corse est chère pour le touriste, et mes moyens ne mont permis que cette année demmener ma petite famille sous le soleil brûlant de " Kallisté ".
Je naime pas conduire et la seule idée de gaspiller deux jours de vacances pour descendre à Marseille et prendre le ferry puis de recommencer dans lautre sens me rendant malade, cest par avion que tous les quatre, dun coup daile (1h30) nous fûmes transportés de la capitale au bord de la mer.
Il était 20 heures, javais réservé une voiture mais pas de logement. Je devais en bon père de famille assurer à ma troupe gîte et couvert dans les meilleurs délais. Cest à ce moment là que je me suis aperçu que je navais même pas emporté de carte routière ! En roulant au hasard dans le soir descendant, je me suis retrouvé sur une étroite bande de terre enserrée entre la mer et létang de Biguglia, ce banc de sable étant peuplé dhôtels et résidences de vacances, tous agréablement nichés sur la plage sous les grands pins. Jai pris la résolution de marrêter enfin tout en craignant des tarifs exorbitants ou le manque de place.
Le " Pineto " est un motel trois étoiles sur le territoire de Biguglia, qui est composé dun certains nombres de chambres proprement dites et surtout, à notre grande satisfaction, de petits appartements coquets disposés dans la pinède. Le 2a était libre, la saison nétait pas fameuse, le patron aimable ma petite dernière délicieuse, on nous fit un prix : 450F la nuit. Cétait un peu plus cher que ce que jescomptais mais
Mais, il y avait dans le crépuscule des coléoptères qui voletaient partout, il y avait une piscine pour le gamin, dans laquelle, en passant sur les traces du tenancier, flottaient des formes sympathiques, cétoines ou hannetons noyés, il y avait des ammophiles qui construisaient leurs nids de sable dans tous les recoins de murs jusque dans le hall de réception, et sous chaque spot lumineux des frôlements dailes prometteurs, guettés par les petits geckos (Tarentola mauritanica).
Lappartement était parfait, avec cuisine (frigo et micro-ondes), salle de bains et terrasse sous les pins. Nous ne devions y passer quune nuit, nous nous installâmes trois jours car
Car avant le restaurant nous avions déjà collecté une douzaine des hannetons qui volaient partout et venaient aux lumières, et bien mieux, en rentrant, un magnifique coléo nous attendaient sur la terrasse.
Un lucane sécria ma femme qui adore ces gros scarabées .
Plutôt un dorcus, pontifia le prof qui navait pas mis ses lunettes et qui,
les ayant doctement chaussées, saperçut quil tenait un très gros scarites
pas content du tout et qui ouvrait des mâchoires à vous couper un doigt.
Je savais que les scarites, (gros carabides aptère pouvant atteindre 40 mm de long) étaient fouisseurs et vivaient dans des galeries creusées dans le sable, mais je ne savais pas quils venaient aux lumières. Nous en prîmes peu malgré les soirées passées à arpenter le bord de la route avec station prolongée sous chaque réverbère, car ceux-ci étaient à vapeur de sodium qui donne une belle lumière orangée fort peu attractive pour les insectes. Les seuls scarites buparius Forster que je récoltais furent ceux qui saventurèrent sur ma terrasse . Jenrageais en pensant que, pour tous les autres habitants de la résidence qui devaient être pareillement visités, ça ne pouvait être que des " sales bêtes " quil convient décraser au plus vite, en prenant garde de ne pas se faire " piquer ", et de balayer promptement cette merveille de la nature réduite en bouillie, pâture pour les fourmis.
Nous avions récolté pas mal de ces hannetons, dont, malheureusement, je crus quils étaient tous de même espèce (Anoxia villosa, pensai-je).
Je nemporte pas de livres dentomologie en vacances pour éviter de faire des fixations sur telle ou telle espèce, et cest seulement rentré chez moi que je maperçus que je détenais deux espèces danoxia : matutinalis Cast. Et australis Schönh.
Les jours étaient décevants, du point de vue entomologique sentend, car lendroit, malgré le grand étang saumâtre, noffrait qu peu de possibilités de captures. Les floricoles étaient rares et de peu dintérêt si lon excepte deux belles cétoines du genre potosia que je nai pas encore déterminées. Quelques clytus communs dans tout le sud de la France tels que C.lama, C.varius, et lomniprésente petite cétoine noire oxythyrea funesta Poda. Les papillons par contre étaient nombreux mais je nétais pas équipé pour les capturer.
Je commençais presque à mennuyer, javais hâte de gagner les montagnes où jespérais bien faire des captures plus diverses.
Nous avions passé trois nuits à lhôtel Pineto, et nous devions partir, des clients sur réservation devant nous remplacer le lendemain. Nous avions au cours dune longue promenade exploré les montagnes de larrière pays, et particulièrement nous étions allé jeter un coup dil sur le désert des Agriates. Le mot désert est tout à fait excessif puisque cette vaste région est couverte dun maquis dense, sans doute riche en coléoptères de toute sorte.
De limportance de bien prévoir le matériel lorsquon voyage : je navais pris ni filet fauchoir ni parapluie japonais. Jaurais pu en fabriquer sur place, mais la Corse incline absolument au farniente et jai laissé tomber. La prochaine fois
Dans le maquis, sans ce matériel, qui permettrait sans doute de prendre nombre de buprestes de charançons et de petits cérambycidés, la solution pour trouver quelque chose est de soulever les pierres. Récoltes intéressantes de harpalidés et autres carabiques, mais il faut remuer des tonnes de cailloux, en choisissant plutôt les gros un peu enfoncé. Cest épuisant.
Le désert des Agriates donc ne nous attira pas particulièrement et cest vers les montagnes du centre que nous décidâmes de transporter nos pénates le lendemain.
Nous voulions forêt et rivière accessible pour compenser la perte de la mer qui, pour mes enfants, était, sinon indispensable, au moins à remplacer par un loisir équivalent.
Linconvénient des vacances itinérantes, cest quon perd une journée à chaque fois quon change de lieu de villégiature. Même si en Corse, les distances sont courtes, les routes autres que côtières sont pénibles, étroites et escarpées, et lon roule à petite vitesse pendant des heures avant de trouver le " bon coin ", celui qui plait à tout le monde, avec un hôtel agréable, la forêt à deux pas, la rivière paisible et praticable, le stationnement facile, lépicerie et le tabac sous la main.
Partis de Biguglia, nous suivîmes la route côtière qui joint Bastia à Bonifacio en passant par Aléria et Porto-Vecchio. Cest la côte est de lîle, plate et aux terres riches. Ce nest que de la vigne, les clos se succèdent, envahissant tout jusqu à la mer qui nest accessible quen de très rares endroits où sont implantés des "marina" flanquées dhôtels luxueux. Nous avions décidé de rouler ainsi vers le sud pendant cent kilomètres " pour voir ", puis de bifurquer ver la montagne, nous quittâmes donc la côte à Ghisonaccia pour nous enfoncer dans le pays.
Magnifiques paysages de gorges escarpées du défilé de lInzecca que la route tortueuse à souhait longe indéfiniment jusquau lac de Sampolo Le paysage est somptueux, sauvage, jimagine les innombrables carabiques qui doivent se terrer sous les pierres inaccessibles, les dysticides qui doivent hanter les eaux profondes du lac, je marrêterais bien volontiers quelques jours ici. Mais il ny a pas dhôtel, pas de gîte, rien dhabitable pour le touriste que je suis. Je poursuis ma route.
La forêt de Vizzavona, dont je gardais un très bon souvenir de juin 1984, nétait plus loin, ce serait notre nouveau point de chasse.
Un orage terrifiant éclata alors que nous traversions cette immense forêt par la seule route possible, entre le col de Vizzavona (1100m) et Ajaccio distant denviron 80km. Nous nous étions arrêtés sur une des rares aires de stationnement possible et mon fils Nicolas et moi, laissant mon épouse et ma fille endormies par la voiture, avions dévalé une pente vers un groupe de gros châtaigniers pour voir ce que nous pourrions trouver. La chance nous sourit tout de suite, puisque sous lécorce dun grand sapin abattu, Nicolas trouva un bel exemplaire de Rh ainsi que deux ou trois petits carabidés. Plus loin sous les pierres nous prîmes quelques beaux Percus, et nous remontions la pente quand lorage éclata avec une incroyable brutalité, nous inondant sur les quelques instant que nous prit la remontée au pas de course vers la voiture.
Cette première chasse bien que rapide était encourageante, jentrepris de chercher un gîte dans les environs.
Je ne le trouvais que 20 km plus bas, parcourus sous une pluie diluvienne, dans le bourg de Bocognano qui, appris-je par la suite, était le lieu de résidence de la mère de lEmpereur. Un de ces villages de montagne, composé dune route qui tient lieu de rue principale et commerçante, et dune multitude de ruelles qui gravissent péniblement le flanc de la montagne où saccrochent les maisons imbriquées les unes dans les autres. Nous lavions traversé lentement et, à la sortie, alors que nous désespérions de pouvoir nous installer, nous trouvâmes lhôtel " Beauséjour ". Le nom était désuet, la bâtisse, logée sur un méplat surplombant la route de 50m était, cachée au milieu de grands tilleuls, entourée dun beau jardin fleuri et sentait bon les jours meilleurs du début du siècle. Nous fûmes sous le charme aussitôt. Le temps semblait sêtre arrêté à Beauséjour. Quatre dames, marseillaises, retraitées, dont la plus jeune frisait les soixante-dix ans et un couple de vieillards plus quoctogénaires, composaient la clientèle visiblement habituelle et fidèle. Les clients de passage comme nous devaient être peu fréquents, car le vieil homme qui maccueillit semblait assez étonné de mon désir de loger chez lui.
Lâge moyen des habitants de la maison me fit craindre un moment que ma famille, passablement turbulente, ne puisse respecter le calme qui semblait de mise, et javais, comme précédemment demandé la chambre pour une nuit, me réservant, en fonction de lagrément du séjour, et surtout des résultats entomologiques de la région, de le prolonger ou non.
Je fus agréablement surpris, le soir même, au retour de notre première promenade qui nous avait fait arpenter détroites venelles vers lindispensable rivière, dêtre accueilli par une fraîche et vive demoiselle, qui le premier étonnement passé (elle nous croyait simples promeneurs égarés dans la cour de lhôtel), nous fit le meilleur accueil. Les tenanciers habituels, gens de quarantaine, étaient rentrés, létablissement abandonnait un peu son allure de maison de retraite, sans se départir de son calme.
Le repas du soir fut assez cocasse. La jeune Sabrina avait lhabitude de mener rondement son monde de petits vieux et personne ne traînait à table. Son péremptoire " On a fini ! " qui nétait même pas une interrogation alors que nous nen étions, car nous bavardons en mangeant, quau milieu de lentrée nous fit, par un mouvement instinctif dont nous rîmes beaucoup ensuite, nous raccrocher à nos assiettes dans le style " Touche pas à mon écuelle ". Nullement confuse Sabrina qui devait avoir à sortir ce soir là revint un peu plus tard nous débarrasser, mais pour les deux soirées suivantes adopta un ton moins " infirmière en chef ".
A mon grand étonnement, cest avec peine que jobtins de quitter lendroit deux jours après, tout le monde étant tombé sous le charme de lendroit, même le bouillant Nicolas dont les treize ans, normalement, nécessitent lexutoire dune activité intense, sadonnait aux joies de la lecture. Sabrina avait pris Caroline sous son aile et, fièrement, du haut de ses cinq ans et demi, ma fille servait à table à la plus grande joie des vieilles dames qui ne tarissaient pas de compliments. Mon épouse et moi nous sirotions paisiblement du " Patrimonio " blanc toute la soirée en bouquinant. On serait bien restés là plusieurs mois.
Mais les insectes stridulaient dans ma tête faute de le faire dans la forêt car lorage avait entraîné derrière lui une vague dair frais qui persistait, et il ne faisait pas chaud à 800 ou 1000m daltitude. Rien sous les lampadaires du village, rien sous les pierres des sentiers alentours, rien dans leau. Déprimant. Heureusement il y avait le Patrimonio
Nos excursions répétées dans la forêt de Vizzavona ne nous donnaient quassez peu de captures : Tout au plus quelques buprestes qui profitaient de la chaleur relative de midi pour courir sur les troncs coupés, quelques carabiques dans la forêt, percus et ptérostychidés, un joli petit longicorne Opsilia coerulescens Scopoli inféodé à la vipérine, petite plante épineuse à fleur bleue fréquente dans les terrains en friche, mais rien dextraordinaire. Les zonabris pullulaient et Caroline en recueillait des centaines quelle relâchait ensuite en sémerveillant de lenvol de ces coléoptères malacodermes (élytres mous) joliment zébrés dorange et de noir.
Nous finîmes par trouver une montagne " à vaches " Oh ! rien de comparable aux alpages du Jura ! Un chemin tout juste praticable serpentant sur des kilomètres dans un décor grandiose de rochers et de sapins centenaires, avec ça et là un petit plateau où lon pouvait stationner, généralement à proximité immédiate dun des innombrables torrents et, sous les pierres, des carabiques et des ténébrionidés. En particulier un carabidé bleu foncé de 8 à 10mm sans doute un ophonus, en tout cas un harpalidé que je nai pas encore déterminé. (Les ophonus sont très difficiles à déterminer avec précision).
Presque En haut du col, où la route se terminait en sentier menant aux bergeries de Solibello (1000m) nous trouvâmes une zone où avaient paît les vaches qui saventurent sur les pentes en laissant leurs traces odorantes un peu partout. Bonne affaire ! (la récolte des bousiers est un passage obligé pour lentomologiste en Corse, mais je réserve le détail de la chose pour le chapitre " Vico ".) mais les bouses étaient un peu âgées et la récolte fut assez maigre. Curieusement nous prîmes bon nombre de la cétoine Potosia Morio qui faute de bois non résineux dans lequel pondre semble sêtre adapté à cette nourriture et pond sous les bouses qui conservent toujours le semblant dhumidité nécessaire aux larves pour survivre et aussi pour construire leurs coques nymphales.
Cest donc en ne regrettant que lambiance feutrée de " Beauséjour " que nous reprîmes la route vers Ajaccio dans le but avoué de retrouver un peu de nos souvenirs et surtout un site entomologique qui nous avait ravis 15 ans auparavant : Le plateau de Vico.
SAGONE
Ajaccio est une ville trépidante. La circulation y est dantesque sur le front de mer, quasi-impossible dans les rues étroites qui sétagent sur les collines, bordélique aux carrefours, en un mot insupportable. Il faisait une chaleur à crever les bufs et dès que je pus, après une demi-heure dembouteillages, je me garais près du port, pour une petite balade à pied. Petite car il faisait tellement chaud, que le plus clair de notre promenade consista à boire frais à une terrasse. Nous cherchions pour sacrifier à notre autre passion, celles des vieux livres, bouquinistes et antiquaires qui ne devaient pas manquer dans cette ville. Au bistrot, les pages jaunes nous révélèrent quil ny avait quun seul bouquiniste qui heureusement se trouvait à deux pas de notre parking. Cétait un lundi. Cétait fermé. On est repartis, à la chasse aux souvenirs cette fois, cherchant à reconnaître, malgré les transformations, lhôtel sur la route des sanguinaires qui nous avait accueillis 15 ans auparavant. Peine perdue, cette route qui avait été presque sauvage, était maintenant envahie de constructions de toutes sortes, hôtels et commerces sur le côté colline, paillotes diverses sur le côté mer.
Demi-tour, direction Vico par Sagone. Cest là que les choses se sont compliquées, noyé dans la circulation incroyable compliquée par un stationnement totalement anarchique, je ne parvenais pas à trouver la sortie de cette foutue ville ! Jy ai tourné pendant plus dune heure, me retrouvant plusieurs fois sur le port à notre point de départ, incapable de repérer le panneau qui mindiquerait la route de lévasion ! Je cherchais lindication " Sagone " elle nexistait pas, il fallait chercher " Cargèse " ville pas plus grosse que lautre et beaucoup plus loin.
Dès que nous eûmes quitté lenfer " ajaccien " nous laissâmes passer la grosse chaleur en nous restaurant dans une pizzeria. Il y a une grande quantité un peu partout, même dans la montagne de ces établissements plus ou moins temporaire où, si on est amateur de pizza, ce qui nest pas mon cas, on peut manger pour pas cher, à condition de ne pas être accompagné dun gamin de treize ans à lestomac insondable.
Il pouvait être dix-sept heures quand nous atteignîmes la région de Sagone où nous pensions établir notre " camp de base " toujours dans le souci doffrir aux enfants les joies de la mer sans être trop loin des " territoires de chasse ". Nous fûmes ravis de constater que la formule " motel " était également pratiquée sur cette côte tout comme sur la côte est. La présence dune " kitchenette " dans lappartement permet une économie substantielle, on évite le restaurant tout en mangeant autre chose que des chips et des sandwiches. Le réfrigérateur, lui aussi est une vraie bénédiction.
Après quelques essais infructueux, (complet), quelques hésitations sur des bungalows dans des campings surpeuplés (à la semaine seulement) nous atterrîmes chez " Renée et Jean " à Tiuccia. Cétait au hasard, mais nous ne fûmes pas déçus. Lhôtel était construit en niveaux successifs, descendant la falaise vers la plage. Un escalier commun à tous les appartements permettaient datteindre la mer en un instant, et chaque logement souvrait par un balconnet sur la baie de Tiuccia qui donnait toujours le spectacle des bateaux allant et venant ainsi que (malheureusement) celui des " Canadairs " à lactivité jamais interrompue.
Là encore on me fit un prix (350F la nuit) et je pouvais rester le temps qui me plairait jusquau 20 juillet. Nicolas et Caroline étaient enchantés bien quil ny eut pas de piscine, et nous étions bien contents davoir trouvé à nous loger aussi bien à 15 km de Vico. Ce soir là nous dînâmes au restaurant sur la terrasse et là aussi le Patrimonio était bon.
Limmédiate proximité de la plage nous permettait de satisfaire tout le monde, Nicolas était dans la mer quand ça lui chantait, et Caroline et sa maman tous les matins allaient se baigner avant la forte chaleur. Nous partions en expédition sur le coup des onze heures trente avec le pique nique et au retour vers les dix-huit heures les amateurs pouvaient plonger à nouveau dans leau salée.
Javais commis une seule erreur. Le restaurant était flanqué dun café-tabac qui offrait à la convoitise des adolescents une rangée scintillante de ces machines électroniques qui ne se nourrissent que de pièces 10 f . Nicolas en manque de pixels eut bientôt englouti tout son pécule de voyage dans des jeux à peine dignes des antiques " 8086 " de mes débuts. A partir de là il commença à me coûter cher, mais baste ! On avait dit " vacances sans contraintes ". Je me retrouvais même, certains soirs en train de manipuler les boutons pour faire plaisir à la petite qui voulait faire comme son grand-frère, ou à regarder bêtement la télé pendant que, perchée sur un tabouret de bar, elle jouait à " Mario ". Je me jurais que le prochain hôtel naurait même pas un billard.
Le lendemain nous renouâmes danciennes amours avec Vico et ses cochons. (voir chapitre " Vico ")
Tuccia et Sagone sont, comme la plupart des petites villes de la côte nord-ouest, dabord et avant tout des stations balnéaires. Tout est fonction du tourisme mais dans des limites raisonnables. On trouve tout ce dont on peut avoir besoin, et les formules de logement sont nombreuses, du camping au quatre étoiles, en passant par les bungalows et les chambres dhôte. Un couple sans enfant doit pouvoir se loger à moins de 200 F la nuit, surtout quapparemment, quand la saison nest pas excellente et quil y a de la place, on peut discuter les prix. Pour les amoureux de plage, pas de problème de surpeuplement, il y a des kilomètres de sable, et sans aller jusquà dire quon sera seul, on ne se bouscule pas. Enfin Sagone est une jolie petite ville où il fait bon flâner, les restaurants sont abordables et les boutiques variées.
Au point de vue faunistique, évidemment, cest assez pauvre puisque, à part le maquis, il ny a pas grand chose à fouiller. A mon grand étonnement je nai vu nulle part en Corse, alors que cest une des chasses les plus fructueuses dans le sud de la France, de cétoines sur les fleurs des massifs ou dans les parcs publics. Ça tient peut-être aux essences choisies. Léclairage public étant jaune, pas de vol nocturnes. Bref cest un peu mort.
Cependant la faune existe. Jai lhabitude surtout en vacances de me coucher très tard, et la nuit du 13 juillet, je lisais sur le balcon de lappartement à Sagone éclairé par un hublot blanc. Sans que ce soit la foule, jai pu observer 3 espèces de noctuelles, et un grand sphinx (laurier ?) ainsi que deux ou trois petits ténébrionidés attirés par la lumière. Etant donné que le balcon donnait directement sur la mer, on ne peut pas dire que ce soit lidéal pour une chasse nocturne ! une lampe à vapeur de mercure dirigée vers le maquis donnerait sûrement des résultats intéressants. Jai dailleurs pu le vérifier en fin de séjour (voir chapitre " Borgo ")
De ce même balcon, javais observé deux étages plus bas dans un parterre inaccessible pour moi, des pimelia qui vaquaient à leurs occupations au tomber du jour. Javais noté lheure, et le lendemain, à la même heure, je fus courir larrière plage de Sagone peuplé dajoncs et de plantes diverses dans lespoir de recueillir quelques specimen de la bestiole. Jen ai trouvé deux, mortes, alors que je mattendais à les voir galoper partout. Je caressais aussi lespoir de revoir des scarites, là aussi le fiasco. Je ne suis pas un fanatique de la mer, la faune halophile méchappe, ou bien tout simplement elle est raréfiée par lintense fréquentation des lieux.
A sagone le 13 juillet il y avait brocante. Pour mon épouse et moi-même, cest toujours loccasion daller fouiner dans les tas de vieux livres pour y dénicher la merveille. Le bouquiniste que nous avions manqué à Ajaccio était là, et je repérais tout de suite une brochure traitant de la faune Corse et datant de 1926 elle contenait des articles assez importants sur les insectes, signés de grands noms de lentomologie tels Berland, Chopard, ou Ste Claire Deville. 220 F ! cher ! trop cher ! Je labandonnais à regret et me retournais vers lautre étal, et là il y avait une pile de beaux livres les " Souvenirs " de JH Fabre ! Il y avait des années que je rêvais de men offrir une édition complète ! Non pas que ce soit très rare, mais cest généralement très cher, rarement en dessous de 4000 F . Celle là était assez récente, 10 volumes + une biographie écrite par le Dr Legros reliée toile bleue dans un beau format moyen, état impeccable, 1952, 2200 F. 200 F le volume, quand on y pense, ce nest pas excessif, mais 2200 F ! Jabandonnais. Nous allâmes déjeuner, et ma femme voyant bien que " Le Fabre " me turlupinait, menvoya presque lacheter en me conseillant de discuter le prix. Jai pas discuté beaucoup ! jai eu la collection + la revue pour 2100 F, mais je les avais ! 27kg de bouquins ! Nous avons dû racheter une valise.
Le ou plutôt la bouquiniste à un E-mail livre dans toute la France, et semble sintéresser aux sciences naturelles
" BOUQUINERIE DU PALAIS , 1 rue du comte Bacciochi 20000 Ajaccio tel : 0495222119 http : //perso.wanadoo.fr/bouquinerie.du.palais . Pour servir éventuellement.
Au retour dune de nos promenades, nous visitâmes également Cargèse, autre ville un peu plus au nord qui possède un joli port de plaisance, ce doit être, là aussi un agréable endroit de villégiature, mais je ne me suis pas assez attardé pour me renseigner su les possibilités de logement.
La proximité de la montagne et de la mer, léquipement et les prix minclineraient à conseiller cette région à ceux qui souhaitent passer des vacances en Corse. Mais bien sûr ce nest que mon sentiment personnel.
La région de Vico
Javais découvert ce village inclus dans la basse montagne (399m) lors de notre première visite en Corse en juin 1984, et le plateau qui le domine, entre les cols de St Antoine et de Sevi, nous avait paru un paradis perdu, traversé par une route enfin rectiligne et bordée dimposants marronniers, avec, en contrebas des prairies pelées, un charmant torrent assagi en rivière le temps de traverser cette zone plate.
Cest la seule région de Corse où jaie vu, en quantité, des cochons en liberté. Ailleurs, partout ailleurs, ce sont les vaches, petites, rousses, aux grands yeux de biche, qui errent à travers le maquis et bien souvent sur les routes. A certains endroits on se croirait en Inde. Jai aussi souvent rencontré des troupeaux de chèvres ou de moutons parfaitement seuls.
Lintérêt de tous ces animaux, pour nous entomologistes, cest quils fientent abondamment, et que dans ces fèces, crottins, crottes, bouses, se bousculent dinnombrables espèces de coléoptères par dizaines dindividus.
Pas de recherche de coléoptères en Corse sans mettre la main à la " pâte ", les délicats se muniront de gants de ménage, certains utiliseront des outils, un bâton, les autres, comme moi, considèreront que les mains ça se lave facilement et que pour ne rien laisser échapper, rien ne vaut le contact direct.
Je craignais en revenant à Vico, à cet endroit où en juin 1994, javais fait une très belle collecte, de le trouver bouleversé, transformé, habité, abîmé. Il y avait eu une tentative : Un terrain de football avait été récemment aménagé là où nous pique-niquions jadis, un local en dur, vestiaires ou autre, avait été construit, et une rangée de " paillotes " ruinées (pas par le feu), lui faisaient face. Les marronniers étaient en cours délagage, mais dans lensemble, la zone était intacte. La rivière coulait toujours dans son creux, et même était devenue plus accessible, les grands chênes ombrageaient toujours une vaste zone herbeuse libre daccès, et le taillis de fougères était toujours parcouru de sentes bien pratiques.
Il y a quinze ans, il y avait des mules, qui donnaient une riche provende très appréciée des bousiers, cette année plus de mules, mais les cochons noir et rose accoururent exactement de la même manière pour quémander du pain avec force grognements et bousculade, au point quil faut réagir vigoureusement (à coups de pied dans le cul !) si on veut déjeuner tranquille.
Le cadre était posé, il faisait une chaleur denfer malgré les quelques six cents mètres daltitude, les grands hyménoptères, xylocopa, et scolia vrombissaient avec entrain autour de massifs de buddleia, jentrepris de faire un large tour pour juger des possibilités.
La découverte immédiate dun grand scarabeus mort, me laissa présager que jarrivais un peu tard en saison pour cette espèce, mais je ne doutais pas de trouver, en contrepartie, dautres espèces plus tardives qui mavaient échappé en 84.
Curieusement les sysiphes, ces petits rouleurs de pilules qui pullulaient littéralement en juin 84, paraissaient absents, remplacés dans leur tâche déboueurs itinérants par les gymnopleures.
Une bouse fraîche peut être entièrement recouverte de ce petit scarabéidé bleu très foncé plutôt que noir, et dont jai pu observer la technique de " mise en boule " de la matière.
Le scarabée ayant choisi son morceau du gâteau, creuse, en un cercle parfait, tout autour, et crée ainsi un cylindre denviron 25mm de diamètre, ce qui est déjà important pour une bestiole de 10 à 15 mm, puis passant dessous, le détache de la masse, le pousse et tire à lécart et, à force de roulement, obtient en peu de temps une boulette bien sphérique denviron 15 à 20mm de diamètre, quil se dépêche daller enterrer dans lendroit qui lui semble propice (terrain sec un peu sablonneux sur une faible pente). Souvent ils sont deux au charroi, mais pas dentraide dans cette association, elle nest que temporaire, le plus fort ou le plus rapide, à la fin, soctroiera la bille.
Seuls les scarabeus, les sysiphes et les gymnopleures transportent ainsi leur nourriture loin de la masse globale, les autres bousiers dévorent sur place, plongés dans lépaisseur, ou bien creusent sous la bouse une galerie verticale (sauf si les cailloux les obligent à la dévier) et mangent (et pondent) sur place.
Ainsi, si lon soulève une bouse entièrement, on découvre de nombreux orifices de tailles différentes selon qui a creusé. Les plus petits, entre 5mm et 1cm sont luvre des ontophagus, les plus gros 20mm sont celle du gros Geotrupes spiniger et les intermédiaires sont de diverses espèces de ce groupe et de plusieurs bêtes moins communes tels que les copris, les bubalus et les chironitis. Ceux là creusent jusquà 40 cm de profondeur ! Inutile de vouloir les extraire à la pointe du couteau dans ce sol très dur. La technique efficace consiste à remplir les galeries deau. Les scarabées ne résistent pas longtemps à la noyade et remontent prestement. Cest la surprise, Copris cornu et brillant ? Géotrupes à ventre métallique ? Chironitis ou Bubalus caréné ?
Les grands scarabeus sont rarement pris sur le fait. En juin 1984, jen avais pris quelques uns en train de rouler leur " monde " mais jen avais pris aussi, plus rarement, au terrier. Cette année seuls les gymnopleures roulent.
Repérer les terriers des scarabeus et extraire loccupant nest pas très difficile : Il faut chercher, dans un endroit comme ce plateau de Vico qui recèle la bête à coup sûr, les petits talus sablonneux, et scruter attentivement le pied des plantes ou les saillies de cailloux pour repérer louverture, en arc de cercle assez bas, caractéristique de louvrage de linsecte. Ce trou denviron 40mm de base pour une hauteur de 10 à 15mm, est lentrée dun tunnel coudé en " L " dune vingtaine de cm de long. Il est facile de savoir sil est occupé : En plongeant lindex dans le trou et en fouinant délicatement vers la droite, on ressent la chaleur de la boule de crotte. Si le trou est vide, le sable reste froid.
Sil y a chaleur, cest quil y a crotte, sil y a crotte, il y a sûrement scarabée. Pas toujours, parfois loccupant sen est allé pour une mystérieuse raison. On relira Fabre qui a bien mieux étudié tout cela que moi. Il suffit douvrir le tunnel, ce qui se fait facilement avec le doigt, et lon trouve le merveilleux insecte derrière la boule, incrusté presque dedans.
Jai employé le même moyen dans une oasis algérienne, avec un petit pincement au cur en pensant aux scorpions qui auraient pu squatter lendroit. Javais peu de temps, jai quand même pris trois Scarabeus sacer L.
Sur le temps de notre séjour à Sagone, nous fîmes trois visites à Vico, explorant non seulement le plateau mais aussi les routes escarpées des environs, routes peuplées de vaches et de cochons. Le cri qui obligeait à se garer au plus vite était " Un caca de vache ! ", promesse de récolte abondante et variée, les bouses lâchées sur le bitume empêchant les insectes de senfoncer, lexamen était facile et rapide, ce qui vu létroitesse des chemins est préférable.
A notre deuxième visite, nous avions fait le plein de bousiers, et nous cherchions autre chose. Longeant le ruisseau, je découvris un endroit où, le lit ayant été creusé par le passage des animaux, une poche deau calme de trois ou quatre mètres carrés, profonde au plus de 60cm, avait permis aux plantes aquatiques de se développer. Je vis tout de suite un grand dytique plonger à mon approche.
Javais très bien étudié les dytiques de ma région, et je savais, pour avoir employé à lépoque une très robuste épuisette de pisciculture à filet métallique, que le meilleur moyen de capturer les hydrocanthares est de ramener sur la berge les paquets de végétation en les prenant dès la base. Ici je ne disposais même pas dun banal troubleau, et, cest les pieds dedans que mon épouse ramassait, à plein bras et vivement pour limiter les échappées, les bouquets de plantes pour les jeter sur la plage de sable où je recueillais les insectes qui se dépêchaient de tenter de rejoindre leau toute proche.
Ce nétait pas Dysticus marginalis L., je le su tout de suite grâce à la forme des trochanters postérieurs arrondis chez marginalis, plus ou moins aigus chez les autres. Je ne pouvais pas en dire plus sur le moment, mais jeus la très bonne surprise de constater que une femelle sur deux était lisse, ce que je navais jamais trouvé quexceptionnellement ailleurs. Pas dhydrophilidés de grande taille, pas dautres dysticidés de plus de 5mm non plus.
Les dysticidés sont un groupe passionnant, malheureusement à part ceux du type marginalis (dimidiatus, convexus ) quelques cybister, ou colymbetes, la faune française est surtout composée despèces petites ou très petites, dont les caractères de détermination (ponctuation) ne sont perceptibles que sous une forte loupe binoculaire. Personne, à ma connaissance, ne sest encore avisé den étudier les édéages, et cest peut-être dommage, car, proches des carabides, ces insectes sont, eux aussi, puissamment équipés.
Nos mains étaient à nouveau propres, décrottées, et après avoir déjeuné sous un chêne en chassant les porcs envahissants (cest craquant un porcelet tout noir de 30cm de long qui vient manger dans la main, maman est beaucoup moins sympathique !), je me mis à filmer un peu le paysage et les bousiers, tandis que ma femme, toujours inspirée en matière de découvertes entomologiques, sen allait fureter dans les ruines des baraques en bois. Elle revint après un moment pendant lequel javais pu filmer un joli mustélidé (belette ou fouine) qui venait, sans grand peur, se servir à nos restes encore sur la nappe.
" Jai trouvé un carabe, mannonça-t-elle.
Les deux seuls carabus de lîle sont Macrothorax morbillosus F. ssp galloprovincialis Lap., et Hadrocarabus genei Gené, que je croyais rare, je supputais quelle confondait un grand Percus avec un carabus, mais il nen était rien, elle tenait bien un H.Genei tout frais éclos.
" Sous une planche avec plein de percus et dautres carabiques "
Nous passâmes le reste de la journée à soulever tout ce qui traînait, cest à dire beaucoup de choses car les Corses se moquent complètement de la propreté de leurs sites, et nous récoltâmes 4 ou 5 genei , de nombreux percus, quelques pterostichides divers et quelques chlaenius sur le bord fangeux du ruisseau dans lequel, au temps ou les débits de boissons fonctionnaient, on avait dû déverser les eaux sales. Nous étions ravis, dautant que ces percus et genei ne se prennent que dans lîle et que les gros chlaenius verts étaient sans doute de la sous espèce endémique elle aussi. (C.velutinus Duft ssp auricollis Gené)
Nous posâmes quelques pièges, mais ne disposant que de très peu de vin, je dus le mélanger avec du jus dorange. Ça ne leur a pas plu, les pièges nont rien donné en deux nuits.
Pour le reste, hélas, malgré la présence de nombreux arbres anciens, pas de longicornes ni de cétonidés, si ce nest la toujours commune squalida, ainsi que très souvent sous les bouses sèches, Potosia morio. Quelques rares petits ténébrionidés sous les pierres, et, en compagnie des scarabées dans la bouse, plusieurs espèces dhistéridés, dont le géant français du genre : Hister inaequalis qui atteint 10mm de long.
Dautres surprises mattendent peut-être parmi les petites espèces de carabiques et de scarabéidés capturées, mais il faudra attendre une détermination complète.
Note entre parenthèses sur les Bousiers
Les coléoptères coprophages appartiennent pour la plupart au groupe des scarabéidés, mais on trouvera également dans les déjections des histéridés et des hydrophilidés. Après quaient pondu les mouches, on trouvera également des staphylins, parfois des carabiques, et le gâteau une fois sec on trouvera dessous des dermestidés et même des cétoines.
Mais ce qui nous occupe ici ce sont les bouses fraîches, les crottins de mules du jour et les fèces de porc. Si le crottin équin est une matière relativement « propre », il nen est pas de même de la bouse de vache, et encore moins des étrons de porc (je ne parle même pas des déjections humaines, qui attirent énormément les coléos) qui sont très gluants.
Les insectes capturés sont donc très sales, et je vous conseille tout dabord de ne pas les mélanger dans le bocal avec dautres espèces qui ne pourraient quen pâtir, et ensuite de ne pas les tuer de suite.
Lidéal en fait est de les placer au moment de la capture dans une bouteille en plastique à goulot large (¼ eau minérale par exemple) avec du papier assez solide et simplement chiffonné (le papier hygiénique ne résiste pas longtemps) afin quils se nettoient en se frottant. Ensuite les transvaser dans une autre bouteille et la remplir deau additionnée si possible dun savon acide (Dermacide par ex en pharmacie) et de quelques gouttes deau de javel. Secouer énergiquement ! Les bousiers vivants sont très solides, il ny aura pas de casse. Les transvaser à nouveau dans une bouteille propre et les rincer abondamment. Enfin les transvaser une dernière fois dans une bouteille sèche avec du papier propre et finalement les tuer une fois quils sont secs. Attention ! même sils ont lair noyés, soyez certain quils se réveilleront ! Ne pas lésiner sur léther acétique !
Si comme moi, vous employez la méthode demballage « Blister » pour le transport ( voir photo), veillez à ce que les scarabées soient bien secs avant de les emballer et aussi bien morts ! Un gros géotrupes qui se réveille dans la plaquette bousille tout autour de lui.
Conservez vos plaquettes dans une boîte hermétique avec du paradichlorobenzène, car les gros scarabées ont tendance à pourrir. Ne mélangez pas le paradichloro avec léther acétique ça provoque un précipité tout à fait désagréable.
Javais repéré sur ma carte une région marécageuse entre Ajaccio et Propriano, à lembouchure de la Taravo qui semblait une rivière dune certaine importance, et cest vers cette destination que nous embarquâmes en quittant Sagone. Nous traversâmes Porticcio où le tourisme semblait plus vivace que précédemment et nous fîmes un détour vers un site intéressant : lancien pénitencier de Chiavari . Il ne reste plus grand chose des bâtiments, si ce nest une espèce de grand hangar dont un des côtés est occupé par des cellules du style de celle que lon voit dans le film « Papillon ». Il reste également quelques salles souterraines dans lesquelles traînent, comme il se doit, des carcasses de voitures criblées de balles, et sous les débris desquelles on trouve facilement des scorpions Euscorpius flavicaudis, je pense. Jen ai ramassé deux ou trois puis nous avons repris la route vers Porto-pello et le site archéologique de Filitosa.
Lembouchure de la Taravo nétait pas un endroit très gai, plat peu boisé, pour tout dire sans charme. Je me serais bien attardé une journée quand même pour voir ce que je pouvais trouver comme carabiques dans ce coin en pensant à Macrothorax morbillosus à qui ce biotope herbeux et boueux doit convenir, ainsi quaux cicindèles sur les plages de la rivière ensablée, mais mon épouse trouvait la région déprimante, et nous continuâmes.
Après avoir erré quelque peu dans les parages de Filitosa et vu un ou deux menhirs pas très impressionnants, nous aboutîmes à Propriano, station touristique très fréquentée, dans une chaleur étouffante. Javais besoin dargent liquide, et ayant péniblement trouvé un stationnement, nous laissâmes, Nicolas et moi la petite qui dormait sous la garde de sa mère et partîmes à la recherche dun distributeur de billets. Tout en marchant dans une rue principale très animée qui longeait la plage, je repérais quelques cadavres sympathiques, une pimélia dabord, ensuite une potosia morio, mais, bon, cette ville ne plaisait pas non plus à mon épouse. En retournant à la voiture, jeus la surprise de trouver, fraîchement écrasé sur le trottoir une énorme femelle dergates faber ! Ecrasée juste un peu mais entière. Bonne prise !
Il faisait décidément trop chaud dans cette région et nous entreprîmes de regagner la montagne en direction de Zonza.
ZONZA
Notre nouvelle errance, parsemées de nombreux arrêts dans des paysages somptueux alliant forêt de feuillus ou de résineux installées sur les saillies de rocs déchiquetés rongés de maquis à la fraîcheur dinnombrables cours deau nous menait, par des routes étroites et sinueuses, toujours plus haut dans les crêtes du sud. La montagne, sans pouvoir rivaliser en hauteur avec les Alpes ou même le Jura, est âpre, constituée de pointes déchiquetées à peine précédées de contreforts moins escarpés sur lesquels saccrochent, tels des coquillages sur le flanc dun navire, les maisons entassées des villages dont on se demande ce qui a pu, et peut encore, les faire vivre, si ce nest un chiche élevage, les olives et les châtaignes. Le tourisme en Corse est développé presque seulement sur les côtes, et seuls quelques rêveurs, avant lavènement du VTT, sécartaient de la mer. Les hôtels sont donc assez rares dans la montagne, et nous roulions depuis le matin sans avoir rien trouvé susceptible de nous héberger, bien que la région nous plût énormément. Nous parvînmes, après force lacets, à Sainte Lucie de Tallano, qui est une charmante bourgade à 500 m daltitude dans le sud-ouest de la chaîne de montagne, pas très loin de Sartène. Nous souhaitions pique-niquer, et, brusquement, une large esplanade garnie dune chapelle antique qui surplombait le cimetière, nous offrit stationnement facile et ombrage dun grand-chêne.
Il sagissait en fait dun « plateau sportif » reconnaissable au sol pelé qui aurait bien voulu être lherbe dune pelouse de football, et aux buts en tubes qui traînaient dans un coin. Il ny a que les touristes, les vaches et les professionnels pour faire du sport en Corse ! Les autres ne sont pas fous.
Nos arrêts, pour un il étranger, doivent avoir quelque chose de très bizarre : Les portières à peine ouvertes, chacun se rue à ses occupations favorites ! Nicolas fouille le coffre pour trouver à manger, Caroline sautille vers les fleurs les plus proches, mon épouse et moi, séparément vers les biotopes possibles, fleurs, arbres, ou crottin !
Lendroit avait un attrait tout particulier : La flore des jachères est toujours riche en carduacées, et les chardons attirent ou par leurs fleurs ou par leurs tiges, nombre despèces de coléoptères et dinnombrables papillons.
Il y avait là, poussant haut (jusquà deux mètres) leurs grosses fleurs violettes, des grands chardons à foison, sélevant au-dessus dun tapis dune autre espèce beaucoup plus petite (mais très piquante !) à minuscules fleurs jaunes. En approchant je vis dabord de nombreux lépidoptères et hyménoptères qui fréquentaient ces fleurs sous le soleil puissant, et cétait déjà un plaisir (assez commun en Corse où jai vu beaucoup de papillons diurnes). Je citerai, sans garantie puisque ce nest pas ma spécialité, et quil sagit de déterminations approximatives sur des insectes non capturés, Papilio machaon, Papilio podalirius (flambé), de nombreux saturnidés et Nymphalidés dont le beau Argynnis paphia (tabac dEspagne), Vanessa cardui,, Pieris napi. De nombreux individus paraissaient tout frais, en particulier les vanessa et les machaons. Peut-être y avait-il alexanor parmi eux ?
Lun des insectes les plus visible de Corse, Scolia flavifrons se voyait en nombreux exemplaires occupés à se gorger de pollen, au point que lon ne les dérangeait quà peine en les touchant. Ce gros hyménoptère puissamment armé, en pinces et aiguillon, nest absolument pas agressif, et se contente dun vrombissement davertissement à qui le dérange. Si lon insiste, il sen va lourdement sans chercher, comme les guêpes, à se venger du trublion.
Le nez sur les fleurs de chardon (celles à ma hauteur !) je remarquai tout de suite un très intéressant cléridé dont de nombreux exemplaires se promenaient entre les épines acérées. Examinant plus avant les fleurs, je vis, carrément enfoncées dedans, de nombreuses Potosia morio et dinnombrables Oxythyrea funesta. Enfin, je découvris, bien dissimulé par sa pruinosité verdâtre, lun des plus gros des charançons français, Larinus sp. ainsi quun de ses congénères de plus petite taille.
Ma fille, armée dun filet (à crevettes !) sadonnait fougueusement à sa passion pour les zonabris qui voletaient partout par centaines.
Mon épouse, naturellement attirée par quelques bouses toutes fraîches, avait déjà capturé un copris plusieurs géotrupes et surtout plusieurs exemplaires de chironitis irroratus que nous navions vu quen peu dexemplaires à Vico. Après le pique-nique, nous consacrâmes une heure à collecter charançons cétoines et cléridés sur les chardons. Labondance de la récolte, augmentée de carabiques sous les pierres, nous décida à chercher logement dans les environs. Hélas, ni Ste Lucie ni Mela le bourg voisin ne possèdent dhôtel. Le gîte rural de Ste Lucie, à laspect très accueillant était plein. Son responsable ne connaissait aucun hôtel avant Aullène, une petite ville perchée à 1100m à plus de vingt kilomètres de là.
Nous envisageâmes, un moment, daller demander lhospitalité aux morts du cimetière dont certains des magnifiques caveaux nous auraient logé à laise tous le quatre ! mais ce nétait pas sérieux, il ny avait pas de douche.
On se remit en route, se promettant de revenir explorer plus avant le terrain de foot de Ste Lucie dès le lendemain, ce qui nemballait pas Nicolas qui rêvait de piscine. De village en village, nous parvînmes à Zonza, à mi-chemin dAullène. Zonza est planté sur un col à 800m daltitude, et à notre grande joie possède trois hôtels. Malheureusement lintense circulation aussi bien de voitures que de piétons dans les rues étroites me laissait penser que tout serait plein. Je ne pus me garer près du premier hôtel et je ne saurai jamais à quoi il ressemble puisquil était en retrait derrière les habitations, par contre je pus aborder le second sans problèmes.
LHôtel des voyageurs date de 1902 comme lattestent des agrandissements de photos dépoque encadrées dans le hall. On y voit des hommes en tenue de chasse et des dames en jupes longues près dune charrette hippomobile. Il fallait un certain courage pour voyager en Corse à lépoque de Mérimée ! ou même de Pierre Benoît (Les Agriates ). Le patron est un homme affable à la tenue soignée qui regrette de navoir à moffrir quune petite chambre dans lannexe. Il y a quand même un grand lit et un petit, toilettes et douche, et même un minuscule balconnet.
« Je vous fais un prix global : la chambre les trois repas du soir plus le couvert de la petite, plus les quatre petits déjeuners, 800 F »
Cest pas donné. Mais je suis fatigué, le restaurant à lair très chouette, lair de Zonza vivifiant dans le soir qui déjà tombe, et surtout, Ste Lucie nest pas loin. Je prends.
Si la chambre est un peu trop petite, le repas du soir, lui est parfait ! Quatre entrées délicieuses et quatre plats magnifiques au choix !
« Prenez chacun quelque chose de différent ! et faites vous goûter lun lautre » décrète le patron qui pour prendre la commande sinstalle carrément à table. On parle vin blanc : Patrimonio ? pfft ! jai bien mieux que ça ! et en effet il nous sert un vin jaune plutôt que blanc délectable. Malheureusement jen ai oublié le nom (le prix aussi ce nétait pas si cher que ça !). Caroline est ravie daccompagner la serveuse à la fontaine pour remplir elle-même sa carafe. « Ici, monsieur leau quon sert à table, cest de leau de source » heureusement car leau du robinet que jai goûté un peu partout est imbuvable : pas assez de calcaire.
Après le repas, je sacrifie au rituel de la tournée des lampadaires. Sans me faire dillusions, il fait plutôt frais. Nicolas maccompagne avec sa lampe électrique et ramasse un carabique. (Je mapercevrai le lendemain quil sagit en fait dun Hadrocarabus genei) mais nous sommes fatigués et nous regagnons la chambre où femme et fille dorment déjà. La nuit est soulignée par le cri monotone dune chouette dans le grand châtaignier juste à côté de notre chambre. Je lécoute longuement avant de pouvoir mendormir.
Le lendemain petit déjeuner copieux et joyeux. On discute, si on ne garde pas la chambre, la journée va encore se passer en pérégrinations, et le terrain de foot nous promet une occupation à plein temps. Cest dit on signe pour une nuit supplémentaire et en chasse !
A Ste Lucie, outre les espèces déjà capturées la veille, nous prenons sur les chardons (Ce nest pas évident car les piquants sont terriblement acérés, et les insectes utilisent au maximum cette protection) trois autres espèces de cétoines, Cetonia aurata avec thorax violacé deux potosia vertes et une autre violette qui restent à déterminer. Des hyménoptères saffairent, bourdons, xylocopa, scolia, abeilles de toutes sortes, guêpes solitaires se bousculent aux inflorescences, des mouches sirphides zonzonent sans impressionner personne, délégantes punaises, pentatomes et réduviidés, parcourent les feuilles avec de gracieux mouvement dantennes, de grandes sauterelles du genre Ephippiger chassent à laffût, une grosse araignée à labdomen bizarrement dentelé (Argiope lobata) chasse au piège, un chardon est tout un monde de chasseurs et de chassés, de parasites et de commensaux, lécheurs, piqueurs, broyeurs qui se côtoient, se rudoient, sentredéchirent, saccouplent, meurent, vivent enfin !
Je cherche autre chose : Le genei de Zonza ma mis en appétit, et je découvre, masqué par les ronces un sentier qui senfonce dans la forêt et qui comporte de nombreuses pierres à soulever. A lentrée je découvre tout de suite quelques percus et feronia, et plus bas un genei tout frais ! Je deviens frénétique soulevant chaque caillou et jen prends ainsi sur une centaine de mètres deux autres, plusieurs percus et un joli sphodrini que je ne connais pas. Je suis crevé ! certaines pierres sont très lourdes, et jen ai remué des dizaines. Vu létat de fraîcheur des carabus je suis persuadé quils sont des centaines bien cachés dans la forêt autour de moi, mais que seul un travail de romain pourrait me faire découvrir la douzaine dindividus qui comblerait mes vux. Tant pis ! je piège !
Je naime pas, habituellement poser des pièges à carabes. On y prend toutes sortes danimaux sans intérêt entomologique sans discernement. Non pas que je croie que les entomologistes puissent jamais contribuer à lextinction dune espèce (les pesticides, lurbanisation, la déforestation font ça beaucoup mieux et à coup sûr !), mais je répugne à tuer sans raison, et si, lorsque loccasion se présente, je nai aucun scrupule à ramasser de très nombreux individus de chaque espèce, cest tout simplement que je sais que pour chaque insecte capturé il y en a 100000 autres autour de moi que je ne verrai pas. Je considère dailleurs que les « protections » qui consistent à interdire la capture de tel ou tel insecte même aux fins détude, sont hypocrites, ridicules et instituées dans le seul but de sattirer les bonnes grâces des partis « écologistes » (qui me sont par ailleurs sympathiques).
Je piège donc les, non pas rares, mais localisés (à la Corse toute entière quand même !)Hadrocarabus genei Gené.
Je pose 5 pièges à vin sans me faire trop dillusions. Ils ne pourront rester en place quune seule nuit, et cest très court. Jutilise des gobelets en plastique
Est-il besoin de rappeler la technique du piégeage des coléoptères terrestres ? Pourquoi pas en quelques mots ?
On cherche à capturer des coléoptères de murs nocturnes à déplacement rapide, généralement prédateurs. On enterre jusquà ras bord un récipient à large ouverture et paroi lisse en ayant soin de dégager le terrain sur une zone de 50x50 cm pour constituer une espèce desplanade la plus lisse possible qui facilite laccès aux insectes.
Dans ce récipient on verse deux centimètres de vin rouge (je nai jamais essayé avec du vin blanc, et je nallais pas gâcher du Patrimonio) de bière brune (la blonde nest pas assez odoriférante) ou de vinaigre de vin (Il paraît que cest ce quil y a de mieux). Si on pose les pièges sans avoir lintention de les visiter tous les jours, il faut les prévoir plus grands et ajouter au liquide quelques gouttes de phénol pour éviter le pourrissement des captures. Il faut mettre suffisamment de liquide pour que les insectes se noient sous peine de les voir sentredévorer. On finit en masquant le piège à laide dune pierre plate posée sur quatre cailloux à environ deux centimètres du sol pour éviter que les petits animaux insectivores ne viennent se servir à ce garde manger. (jai souvent trouvé des musaraignes noyées dans les bouteilles de bière abandonnées dans la nature. Lavantage cest quil y a aussi dans ce cas des nécrophages, silphes et nécrophores) Enfin on noublie pas de repérer soigneusement lemplacement du piège. Pour ma part, je dispose des branches mortes en flèche à proximité. Cest discret et ça me permet de retrouver mes pièges à coup sûr. Si on en met beaucoup il est intéressant de les numéroter pour être certain de ne pas les rater. (Jai connu des acharnés qui posaient 2 à 300 pièges dans une seule zone ! Nest-ce pas un peu excessif ?)
La journée se termine et nous rentrons à Zonza vers 19 h . La ville est visiblement la « plaque tournante » du tourisme sportif, randonneurs lourdement chaussés, scouts de toutes obédiences croulant sous des sacs monstrueux et pavillons en berne sous la chaleur, « vététistes » aux mollets rasés et luisants de liniment, tout ce petit monde sagite, se croise et sentrecroise, mélangeant les sueurs et les souffles haletants tandis que je déguste paisiblement une « Pietra », excellente bière corse, à la terrasse de lhôtel. Jimagine toutes ces semelles écrabouillant sans même sen rendre compte les délicats carabiques égarés dans les sentiers rebattus.
Le lendemain nous quittons lHôtel sans trop de regrets, un nouveau terrain de chasse et de loisir nous attend quelque part. Nicolas est ravi, les insectes il en a ras le bol, saturé depuis sa plus tendre enfance (à deux ans il soulevait des cailloux par zéro degré sur le plateau de « Las Canadas » 2300m à Ténériffe), sil ny a ni mer ni piscine, il lit, dévorant des « Chair de poule » à toute allure.
Bien sûr, le programme de la journée est tout tracé, direction Ste Lucie et son terrain de foot, relevé des pièges, visite des chardons et des cacas de vache, puis autre région, vraisemblablement Porto-Vecchio.
Jadore me faire languir ! Cest sans hâte excessive que je descends le sentier où jai posé mes pièges, je soulève des cailloux, je ramasse quelques petites bêtes, et jarrive nonchalamment à mon N°1. Deux ! deux Genei y sont noyés, ainsi que quelques carabiques, percus et autres, le N° 2 me donne un autre Genei et sa ration de carabiques et aussi quelques staphylins les trois autres pièges sont garnis de la même manière et cest 11 carabus et une vingtaine de carabiques divers que je ramène triomphalement dans mon bocal.
Curieusement la plupart des carabus sont sinon immatures du moins très fraîchement éclos. Il serait intéressant de piéger toute lannée pour étudier le cycle qui doit comprendre une diapause estivale puisquen juin 1984 je nen avais trouvé aucun. (Ah ! habiter Ste Lucie sans avoir à se soucier de gagner de largent en contemplant le caveau familial et en sirotant du Patrimonio ! ) Je me promets ce jour là de revenir, hors saison, vers la fin octobre ( dune autre année car hélas ! mes finances ne me permettent pas deux voyages aussi coûteux par an) pour voir ce quon peut trouver en logettes. Pour qui voudrait piéger les Genei, la période idéale doit être la fin juillet et se poursuivre sans doute jusquen septembre (au risque de ne plus prendre que des individus usés).
Jhésite : laisserai-je mes pièges en place ? Où serai-je ce soir, demain ? Aurai-je loccasion de repasser par ici avant la fin de mon séjour pour les relever et les détruire ? Toutes réflexions faites je les enlève. La seule idée que des dizaines de ce beau carabe pourraient pourrir dans mes gobelets sans profit pour personne mest insupportable.
Jai du mal à arracher ma femme à ses chardons, ma fille à ses Zonabris et mon fils à larbre sur lequel il sest juché pour lire, il est temps de songer à notre nouvelle base.
SOLENZARA
Je rêvais toujours de macrothorax morbillosus. Je navais jamais pris ce magnifique carabe quaux Baléares, à Majorque, sur la cote ouest près de Banalbufar, mais jai dans ma collection des individus étiquetés « Porto-Vecchio » capturés en juillet. En quittant Zonza, javais donc bien lintention daller fouiller un peu cette région pour trouver la bête.
Le problème, cest que la côte Est est bien moins accueillante que lautre, et que les hôtels agréables (hors des villes) sont rares. Cest le domaine des résidences réservées à la semaine ou au mois et litinérant comme moi nest pas un client intéressant. La région de Porto-vecchio est composée de maquis et de forêt basse, très morcelée en propriétés privées bien encloses par des murets de pierre entre lesquels on roule sans pouvoir jamais pénétrer le pays. Dommage, car cest assez joli, et la flore du maquis est bien plus riche que dans la montagne. Je pense quil faudrait sinstaller quinze jours du côté de Muratello et quon y ferait de bonnes chasses.
Je navais plus le temps, ce serait pour une autre fois, direction Aléria où jespérais trouver mon bonheur hôtelier.
Ce nétait pas mieux. Sur la côte est, de Porto-vecchio à Paretto, la mer est pratiquement inaccessible, on roule entre les domaines vinicoles, et seules quelques marina luxueuses ont accès à la mer et à la forêt de pin qui la borde. Dhésitations en remords, dincursions vers lintérieur qui nous ramenaient inexorablement vers Zonza en retour vers le bord et sa longue route droite, nous aboutîmes à Solenzara. Jen avais assez de rouler pour rien. Là il y avait des hôtels, la mer était visible et, surtout il y avait une belle rivière qui, sur ma carte, était longée par une route sinueuse et bordée de vert.
Solenzara est une petite ville pleine à craquer de touristes. Je me demande ce quils y trouvent, vu que la plage est minuscule, la ville na rien de pittoresque, et les hôtels sont entassés les uns sur les autres, casiers de béton sans charme et sans âme. Il y a un port de plaisance important, avec bassins de radoub et tout le tintouin, cest sans doute là lintérêt.
Etant donné laffluence et lhabituelle impossibilité de se garer proprement, le premier hôtel fut le bon malgré ses inconvénients : Pas daccés à la mer, pas de parking, entrée juste au bord de la route. Deux points positifs, la chambre était grande et donnait sur un toit en terrasse quon pouvait squatter, et le restaurant était abrité d une magnifique pergola envahie de glycine, en plus on pouvait y manger pour pas cher, et enfin les clients ne se bousculaient pas. Nos (courtes) promenades dans la ville nous firent découvrir beaucoup mieux le lendemain, mais baste ! c était pour deux nuits.
Au niveau entomologique, malheureusement rien grand-chose à dire, nos excursions le long de la rivière se sont résumées à de longues pérégrinations sur une route impossible, tellement étroite quon devait sarrêter à chaque virage pour éviter la collision avec celui den face, et ça pour parvenir à un ou deux emplacements où la rivière est accessible. Cela dit la Solenzara (cest la rivière) est très belle et offre quelques lieux de plaisirs aquatiques très agréables.
Nous avons quitté ce coin là sans regret, à part Nicolas qui était tombé amoureux de la rivière. Il fallait que je trouve mieux.
A Aléria, virage de 90° à louest, direction la montagne en suivant le cours dune autre rivière tout aussi belle vers Venaco et Corte. Paysage magnifique mais pas dhôtel pendant des kilomètres jusquà ce que
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VENACO
Lhôtel sappelait « Paesehôtel casetta », et ne pouvait être deviné de la route que grâce à son enseigne. On était en pleine Corse, sur la droite le maquis, sur la gauche une belle forêt arrosée dune rivière, et pour enclore le tout la montagne dentelée et diversement colorée. Magnifique endroit à quelques kilomètres de Venaco, bourg suffisamment important pour que nous soyons assurés de trouver notre pique-nique quotidien ainsi que toutes les petites choses qui font le plaisir des vacances.
Un « casse-pattes » de tubes protégeait lentrée de la longue allée de lintrusion des vaches et nous le franchîmes dans un grand tintamarre de ferraille (Ça me rappelait cette belle montagne du Jura, le Mont dor, près de Pontarlier dont la route est entrecoupée de ces barrières, et aux flancs de laquelle on prend bien des carabiques dont le beau carabus irrégularis). Au bout de lallée, un joli parc, ombragé de grands pins et agréablement fleuri nous attendait. Nous avions de la chance, cétait de nouveau un motel. Les appartements, entièrement construits en galets et couverts de lauzes, étaient dispersés par groupe de trois ou quatre dans la pinède, sintégrant tellement au terrain quils en devenaient presque invisibles.
Là encore, on se démena pour me trouver ce que je voulais : un petit appartement où nous puissions nous installer à quatre, pour le prix que jattendais, 400 F la nuit. Nous pouvions rester jusquau 25, ce qui me convenait parfaitement, il me resterait une journée pour regagner Bastia et, hélas, reprendre lavion.
Le but de ce petit récit nest pas touristique au sens propre du terme, mais je ne résiste pas au plaisir de parler de cet hôtel surprenant, petit monde bien clos duquel il fallait se faire violence pour sortir.
Notre pavillon, inclus dans un « bloc » de 6, lépaisseur des murs garantissant lintimité, donnait directement sur lenchantement de la rivière par une étroite sente escarpée qui aboutissait à une « plage » rocheuse offrant aux cinq ans de ma fille des cuvettes et des recoins pour une baignade sans danger et la recherche, toujours importante, de « beaux cailloux », trésor encombrant mais nécessaire au rêve. (Nous cest les insectes !). Si la chambre (prévue pour deux) était un peu exiguë du fait de ladjonction dun lit supplémentaire, nous disposions dune terrasse à demi couverte qui devint rapidement le quartier général de toute la famille.
Lhôtel intra-muros comprenait, en rez-de-chaussée, outre un certain nombre de chambres(24), deux salles à manger dont lune en patio avec fontaine, un vaste bar et un agréable salon très éclairé qui dominait la piscine. A létage en dessous, on trouvait une salle de télévision, les toilettes et la piscine flanquée dune vaste salle à manger où étaient servis les petits déjeuners (tout à discrétion), un jacusi, une salle de musculation et un sauna. Décrit comme ça, ça na lair de rien, mais si on ajoute les pièces de service, les escaliers, le hall dentrée, et les multiples recoins, ça prend des allures de labyrinthe ! Tout ça construit en galets et joliment agrémenté de bois dégageait un sentiment de « bien vivre » tout à fait extraordinaire. On sy sentait bien, tout simplement. Un inconvénient, là comme ailleurs, le restaurant nétait pas donné, par contre, la barmaid (charmante et débutante), nétait pas regardante, le soir, sur les doses de whisky (ou autre).
Nos expéditions furent donc plutôt touristiques, vers Corte tout proche, ou les petits villages accrochés à la montagne.
Traversant la rivière après quelques acrobaties sur les galets, javais trouvé la forêt et le maquis. La famille de sangliers qui, chaque nuit, venait tout retourner dans les parterres de lhôtel, sétaient enfuie à mon approche en escaladant à toute allure la pente raide avec force couinements terrorisés. Les endroits dégagés étaient bien garnis en grands chardons malheureusement trop avancés pour porter encore des fleurs, et constellés, bien sûr, de bouses à divers stades. Les vaches, hormis sur les routes, on ne les voit pas beaucoup, mais elles doivent être nombreuses vu ce quelles abandonnent. Comme je lai déjà dit, en Corse, vive la crotte qui est pleine de bousiers !
Cest dans une relative inactivité entomologique que nous finissions notre séjour. Jen profitais pour emballer nos récoltes précédentes en tâchant deffectuer un premier tri, mettant de côté les specimens les plus intéressants, ceux que je préparerais en tout premier.
Jemballe mes captures « sous blister » (carton+coton+plastique bien serré agrafé) en veillant malgré lenvie den finir au plus vite à ne pas faire de paquets trop importants. Une fois ouvert, il faut préparer tout ce quil contient sous peine de casse.
Le 24 nous eûmes droit à un très bel orage qui dura deux heures de pluie violente, à la suite de quoi je décidai daller faire un tour sur la route en espérant, comme je lai déjà vu dans dautres régions, voir les limaces et escargots se promener, se faire écraser et, par suite, attirer les carabiques à laffut et revigorés par leau du ciel.
Rien de ce genre. Cest à peine si cétait mouillé, et le soleil encore voilé ne tarderait pas à taper de nouveau. Je découvris un sentier qui senfonçait dans le maquis, et après un ou deux kilomètres je débouchai sur un magnifique terrain de chasse. Une grande prairie agrémentée de bouquets darbrisseaux divers et de souches de conifères, un grand bois de ces mêmes conifères, et autour, le maquis avec ses innombrables cailloux et cacas de vache. Je ne mattardais pas ce jour là mais je capturai quand même quelques carabiques et un petit ténébrionidé rouge que je ne connaissait pas encore.
Le lendemain était notre dernier jour à Venaco, et nous le passâmes à soulever les cailloux du maquis, à dépecer de veilles souches et à explorer les crottins les plus divers.
Cest seulement à cet endroit que jai trouvé le sisyphe en quantité au détriment dailleurs des ontophagus qui étaient assez peu nombreux , par contre chironitis et géotrupes étaient légion et il y avait également quelques copris. Jai pris sous les pierres un assez grand nombre de carabiques, principalement des harpalidés, mais aussi quelques ptérostychidés et quelques exemplaires épars dautres groupes. Tout ce matériel demande préparation et détermination, ce sera pour cet hiver ! (Je compte dresser une liste la plus exhaustive possible de mes captures corses, et la livrer en conclusion de cet article).
Dans les souches de pin, il ne semblait pas y avoir grand-chose hormis les grandes fourmis noires très communes partout et dont jignore le nom. Cependant en fouillant profondément le terreau jai trouvé quelques grands percus quon ne voyait pas sous les pierres (trop sec) et quelques ténébrionidés. La grande affaire du jour, surtout pour ma famille qui navait jamais vu ça, ce fut la mise à jour dabord dun petit mâle dergates faber que je sortis de son trou avec les mâchoires solidement plantées dans mon pouce ! (à la grande frayeur de ma petite qui voyait son papa saigner ) jeus quelque peine à lui faire lâcher prise mais jétais bien content, je nespérais plus en trouver de vivant, puis de trois nymphes de la même espèce, dont une énorme femelle. Malheureusement, malgré mes précautions, javais légèrement blessé celle-ci et elle mourut quelques jours plus tard, tandis que les autres, un petit mâle et une femelle moyenne, ne purent éclore proprement. Je pense quil faudrait les placer dans un rouleau de carton à leur taille pour quau moment de léclosion, limago puisse se débarrasser de la mue en se frottant comme dans son trou.
Autre trouvaille amusante, de nombreux oryctes qui se bousculaient aux pieds des souches de feuillus pourries, pour saccoupler et pondre dans le terreau.
En parcourant le maquis, ce qui frappe particulièrement, cest labondance des orthoptères, tant en espèces quen individus. Jai toujours regretté de navoir pas le temps de mintéresser vraiment à ce groupe, non pas temps que les criquets et sauterelles soient difficiles à déterminer, mais leur conservation demande des préparations fastidieuses (empaillage, séchage), et pour moi que ça enquiquine déjà profondément de préparer les coléos, cest une tâche insurmontable. Un jour peut-être, quand je serai retiré dans un « Harmas » quelconque là-bas dans le sud ? (Jai limpression que ce nest pas demain la veille !)
BORGO
Le 26 au matin, jai payé la note (salée, surtout celle du bar !) de lhôtel « Casetta », et nous avons repris la route de Bastia puisque nous devions reprendre lavion le lendemain. Nous comptions bien passer cette dernière journée et dernière soirée au Pineto à Biguglia, à la grande joie de Nicolas et de mon épouse qui avaient adoré cet endroit. Malheureusement, il ny avait plus de pavillon disponible, et on ne pouvait « moffrir » quune chambre de grand standing quon me « cédait » à 650 F la nuit plutôt que 950 F ! Beau cadeau, mais diable !
Nous sommes repartis en chasse au logement, et je me souvins que le premier soir de notre séjour nous avions buté sur la porte close dun petit motel à Borgo, le village dà côté.
Cétait ouvert, ce nétait que 400 F pour un appartement en duplex où on aurait pu dormir à six sans se bousculer. Ça navait pas le standing du « Pineto » mais cétait bien suffisant, surtout pour une nuit. La mer était à 100 m, et nous passâmes la journée à fainéanter sur la plage ou à la terrasse du bistrot à discuter littérature avec la patronne indéniablement intellectuelle, et bien entendu des indépendantistes avec les clients aux avis partagés.
Au moment où je me coltinais les bagages, tous les bagages car ma femme voulait nettoyer la bagnole, Caroline me tira par la manche :
- Papa, jai attrapé un insecte !
Je suis occupé !
Cest un beau !
Bon ! sachant quelle ne me lâcherait pas tant que je naurais pas admiré son merveilleux moucheron, jai posé mes sacs avec un soupir résigné, et jai ouvert délicatement sa petite main pour que la merveille ne senvole pas, et cétait, en effet, un beau ! Un très beau bupreste dont je nai pas le nom en tête bleu à larges taches jaunes.
Il était sur le short de maman !
Le midi nous allâmes manger dans un des « restaurants piscine » fréquents dans ce coin. Moyennant le fait de prendre une consommation toutes les deux heures, la piscine est ouverte à tous. Formule économique !
Mon épouse voulait voir Bastia, on est allés à Bastia. Jolie ville perchée sur son flanc de roc avec port, fortifications, circulation intense et, bien entendu, stationnement quasi impossible. Dans un escalier des remparts, nous prenons un blaps, le seul des vacances, assez court, plus globuleux que les mucronata que javais pris en quantité dans les Landes.
Nous ne rentrâmes à Borgo quà la nuit tombée, et nous eûmes lagréable surprise de constater que léclairage public de limmense résidence de vacance qui jouxtait notre hôtel était abondant et blanc. Dailleurs, sur la placette devant lhôtel, un buisson quéclairait un lampadaire, bruissait du frôlement des scarabées, qui inlassablement, se jetaient sur la lumière avec des claquements secs. Il y avait des pentodon punctatus quelques oryctes et même un phyllognatus excavatus.
Caroline semblait fatiguée, sa maman aussi, Nicolas et moi commençâmes à explorer le pied des lampadaires les plus proches. Nous trouvâmes presque aussitôt un scarites très occupé à dévorer une anoxia qui se débattait comme un beau diable. Je réglai rapidement le différent en les enfournant lun et lautre dans mon bocal. De lampe en lampe cest une douzaine de scarites que nous ramassâmes rapidement, mais léther manquait dans le bocal, et il fallu aller recharger.
Dans la chambre cétait le drame, Caroline pleurait parce que jétais parti sans elle, ma femme rouspétait parce quelle pleurait, on est repartis tous les quatre, chacun son bocal, et sus aux scarites !
Les scarites ne viennent aux lumières que pour profiter des proies faciles quelles leur offrent ! Bel exemple dadaptation. Il y avait aussi quelques exemplaires dun beau ténébrionidé bleu assez gros quelques autres carabidés, quelques rares anoxia, pas ou presque de papillons et les énormes lycoses qui, elles aussi, profitaient de la manne.
Lil daigle de Nicolas ne manqua pas un superbe longicorne, monochamus sp. Qui errait dans un cercle de lumière, et cest vers deux heures du matin, bocaux pleins que nous abandonnâmes après avoir parcouru des kilomètres de belles avenues bien entretenues, avec des allures de chercheurs de champignons.
Caroline, cette fois sendormit sans problèmes.
La matinée du lendemain passa très vite et laprès-midi nous rembarquions avec regrets.
Avion-Orly, taxi-Gare du Nord, train-Maubeuge. Il était dix-huit heures, il faisait heureusement grand beau temps chaud, huit heures auparavant je marchais encore sur la plage à 1200 km de là.
Je moffris une bière au buffet de la gare en attendant la voiture qui nous ramènerait chez nous.
EPILOGUE
En dehors du fait que ces vacances étaient les plus agréables que nous ayons pris depuis fort longtemps, je voudrais en tirer quelques conclusions entomologiques en vrac.
Juillet me paraît être trop tard pour les longicornes qui brillaient par leur absence
De même pour les cétonides
Si jai trouvé un peu plus de grands scarabeus quen 1984, (pius, je suppose) je nai pas repris le laticollis (plus petit, à basse altitude)
Par contre cest un peu trop tôt pour le carabus génei
Je suis un très mauvais entomologiste, puisque je nai chassé quà vue, négligeant le potentiel formidable du fauchage, du battage et du piégeage à la miellée
Jaurais dû mintéresser aux papillons
Je nai pas exploré certaines stations repérées, parce que je nai pas voulu emmener de bouquins, si bien que jai raté lopportunité de prendre onitis belial, très localisé.
Je nai pas assez retourné de cailloux dans le maquis à basse altitude.
Jaurais dû faire des chasses de nuit dans la montagne, sur le terrain de foot de Ste Lucie par exemple
Jaurais dû explorer un peu plus le sud pour prendre macrothorax morbillosus
Je devrais habiter en Corse.
ENFIN
Je tâcherai de livrer sur ce même site une liste exhaustive des coléos capturés, mais comme tout nest tout de même pas négatif, jai un sacré boulot de préparation et de détermination en perspective !
Jespère ne pas avoir ennuyé ceux qui mauront lu et que ce compte-rendu leur donnera envie daller fureter par le maquis et la montagne de cette île vraiment merveilleuse.