lepidopteres

Les lépidoptères.

Les lépidoptères appartiennent au super-ordre des Mécoptèroïdes. On recense actuellement plus de 150 000 espèces réparties en 80 familles, 6 diurnes ou Rhopalocères, les 74 autres étant nocturnes ou crépusculaires classées dans les Hétérocères.

Ce sont des holométaboles, c’est à dire que la métamorphose est complète. Le développement du papillon passe par différents stades : œuf, larve ou chenille, nymphe ou chrysalide et imago.

Les papillons sont depuis très longtemps élevés, certains pour des raisons économiques comme le Bombyx mori, d’autres représentant en fait la majorité des cas, pour le plaisir des éleveurs amateurs qui, en plus de leur collection, souhaitent connaître les différents stades de l’insecte et voir vivants ces joyaux de la nature.

Morphologie et cycle.

L’œuf.

Il est hémisphérique, aplati ou déprimé, de couleur variable (rarement vive). Il brunit à l’approche de l’éclosion. La ponte a lieu généralement sur la plante hôte mais en élevage, elle se fait souvent sur les parois de la cage. Le nombre d’œufs pondus peut varier de 25 à 10 000. Ils sont déposés un à un ou par petits paquets.

La chenille.

La chenille est herbivore et dispose de pièces buccales de type broyeur. Le tégument est généralement mou. La surface du corps est glabre ou couverte d’une pilosité plus ou moins dense (poils, verrues, épines, tubercules...) caractéristique de l’espèce ou de la famille. De ce fait, les chenilles doivent être manipulées avec précaution car beaucoup d’entre elles sont recouvertes de poils ou de soies urticants. Elles sont souvent polyphages mais certaines espèces ne se nourrissent que d’une seule plante. Dans ce cas, il s’agit parfois de plantes toxiques et la chenille arbore des couleurs vives destinées à éloigner les prédateurs. La chenille s’alimente de préférence la nuit afin également d’échapper à ces derniers. Au cours de sa croissance, la chenille va muer 5 à 6 fois voire plus. Peu avant de se chrysalider, la chenille cesse de s’alimenter et quitte la plante nourricière. La chenille change de couleur et d’aspect. Puis elle s’immobilise. C’est la période prénymphale qui peut durer un à deux jours.

La nymphose.

Elle est différente selon qu’il s’agisse d’espèces diurnes ou nocturnes. En effet, la chrysalide des rhopalocères est en général à l’air libre alors que celle des hétérocères est le plus souvent enfermée dans un cocon. Chez les Papilionidae par exemple, la chenille se fixe sur une branche ou sur les parois de la cage par l’extrémité de l’abdomen grâce à un coussinet de soie et un fil de soie au niveau du thorax. Chez les hétérocères tels que les Attacidae, la chenille commence par tisser un cocon de soie avec des feuilles et d’autres débris végétaux. C’est à l’intérieur de celui-ci qu’elle se chrysalidera. Les Sphingidae quant à eux s’enterrent. Bien que la plupart du temps, le papillon sort au printemps suivant s’il n’y a qu’une génération par an, certaines espèces telle que Saturnia pyri ou Eupakardia calleta peuvent rester plusieurs années à l’état de chrysalide.

Durant leur cycle, les lépidoptères peuvent subir des arrêts de développement. Ils interviennent à tous les stades. Il s’agit de la quiescence qui se produit lors de conditions défavorables (température trop basse...) et de la diapause qui est un phénomène physiologique qui se produit à stade fixe.

A la naissance, le papillon sort de la chrysalide ou du cocon et s’immobilise pour développer et sécher ses ailes.

L’imago.

L’imago possède 4 ailes recouvertes de phanères (écailles) colorées. Les couleurs sont très variables et sont déterminées par l’activité de l’insecte, le milieu où il vit, ses moyens de défense, l’alimentation à l’état larvaire...Le papillon a un appareil buccal de type suceur (trompe) et se nourrit généralement de nectar et de fruits mûrs. Toutefois, d’autres espèces comme les Charaxinae sont attirées par les excréments ou les cadavres. D’autres par contre tels que les Attacidae ne se nourrissent pas à l’état adulte car l’appareil buccal est atrophié. Ils vivent donc sur leurs réserves.

Techniques de chasse et obtention des souches.

Dans la majorité des cas, les papillons sont bien sûr attrapés au filet lorsqu’ils viennent se poser sur les fleurs. Cependant, beaucoup d’espèces vivent à la cime des arbres et sont donc difficiles à capturer. On utilise alors des pièges à papillon de type Plantrou suspendues dans les arbres. L’appât est constitué de fruits mûrs, en particulier de bananes ayant ou non macéré dans l’alcool (bière, rhum...). Cette technique est très utilisée en pays tropical où certaines espèces ne descendent presque jamais au sol. On l’utilise aussi pour de nombreux Nymphalidae comme les Charaxinae qui ont un vol puissant et qui se nourrissent de matière en décomposition.

Pour les espèces nocturnes, on utilise une lampe à vapeur de mercure dont le rayonnement proche de l’ultra-violet attire les insectes qui viennent alors se poser sur un drap blanc tendu. On peut de cette façon capturer des femelles et démarrer un élevage. Toutefois, pour les espèces communes l’une des méthodes les plus utilisées est de récolter les chenilles. Pour les autres et notamment pour les espèces tropicales, on s’adressera à d’autres éleveurs pour obtenir des œufs ou des chrysalides.

Conditions d’élevage.

Les informations suivantes présentent les conditions dans lesquelles j’élève les lépidoptères. Elles concernent principalement les hétérocères (Attacidae, Sphingidae, Endromidae). J’ai également élevé quelques rhopalocères mais en général de la chenille à l’imago, seuls quelques accouplements ont été réalisés. On distinguera ici aussi les espèces paléartiques et exotiques. Les espèces exotiques sont en général élevées en intérieur alors que les paléartiques peuvent être élevées à l’extérieur. Chaque espèce est élevée individuellement, on ne mélange jamais les espèces.

Dans le cas où l’on commence l’élevage à partir de chenilles ou chrysalides récoltées dans la nature, celles-ci doivent impérativement être placées en quarantaine. Le parasitisme est très fréquent.

Les cages.

Etant donné que je n’ai pas de jardin, les insectes sont élevés en appartement dans des cages en bois dont les parois sont en tulle. La taille varie en fonction de l’envergure du papillon et du nombre d’individu :

- 0,28x0,40x0,50m pour les espèces de petite taille comme Eudia pavonia (une trentaine de chenilles).

- 0,40x0,40x1m pour les espèces de grande taille comme les Actias ou les Attacus (30 à 60 chenilles).

Ces cages sont utilisées pour les imagos comme pour les chenilles.

Il existe cependant différentes enceintes pour les chenilles :

- les volières

- les bonnettes recouvrant un végétal en pot,

- les manchons que l’on met autour d’une branche sur laquelle sont les chenilles. Lorsque la nourriture est épuisée, on transfère les chenilles sur une autre branche.

Ces deux derniers systèmes sont idéaux pour les espèces paléartiques telles que Endromis versicolor ou Aglia tau ainsi que pour les Sphingidae dont les chenilles s’enterrent dans le pot.

La température et l’humidité.

Les papillons comme les chenilles sont élevés à une température de 22-25°C et une humidité d’environ 40% bien que cette dernière donnée ne soit pas facilement mesurable.

L’élevage des adultes.

Les papillons sont placés dans les cages dans lesquelles ils vont vivre plusieurs jours voire même plusieurs semaines. Cela dépend de leur activité, plus ils volent, plus ils risquent de s’abîmer et de se fatiguer. Les Attacidae par exemple volent toute la nuit et sont souvent en très mauvais état au bout d’une semaine. S’il y a accouplement, la femelle va vivre le temps de la ponte et mourra peu après.

La nourriture est composée d’eau sucrée ou miellée. Des petites éponges de couleur disposées dans une coupelle permettent aux insectes de s’abreuver sans risquer de se noyer. Les Attacidae et certaines espèces de Sphingidae par contre ne se nourrissent pas à l’état adulte.

Si l’on commence l’élevage en ayant des chrysalides, Il peut y avoir un décalage des éclosions entre mâle et femelle. On peut dans ce cas placer les insectes dans le bas du réfrigérateur ce qui ralentira le métabolisme et permettra de les conserver jusqu'à l’éclosion du partenaire.

Une fois accouplée, la femelle est placée en isolement. Le mâle pouvant s’accoupler plusieurs fois, on le mettra avec une autre femelle et si nécessaire, on le remettra quelques jours dans le réfrigérateur.

Pour éviter la consanguinité et conserver la diversité génétique, la souche est renouvelée régulièrement grâce notamment à l’acquisition de nouveaux mâles échangés avec d’autres éleveurs ou capturés dans la nature. Cette pratique est très utilisée avec les Attacidae (Aglia tau, Eudia pavonia) dont les femelles placées dans une cage peuvent attirer les mâles sur de grandes distances.

Les accouplements sont de deux types, naturels ou manuels. Chez les Attacidae, les accouplements ne posent généralement pas de problème. Ils ont lieu la nuit suivant l’éclosion et les couples peuvent rester unis jusqu'à 24 heures. Mais pour beaucoup d’autres espèces, notamment les rhopalocères et certaines espèces de Sphingidae, il faut recourir à l’accouplement manuel.

Cette technique n’est pas fiable à 100% mais pour beaucoup d’espèces, c’est la seule possible, les conditions naturelles exigées par les insectes étant impossibles à recréer de façon artificielle.

Après l’accouplement, la femelle va pondre. Pour les rhopalocères, la photopériode ainsi que le support de ponte et notamment sa couleur sont déterminants. Ils nécessitent des conditions proches de celles en milieu naturel. C’est pourquoi ces espèces sont très souvent élevées en volière. C’est beaucoup plus facile pour les Attacidae qui pondent sur n’importe quel support. La ponte commence généralement la nuit après l’accouplement et sur 4 à 5 jours.

La conservation des œufs.

Les œufs sont récoltés et placés sur un papier absorbant humide dans une boîte aérée. Ils sont régulièrement vaporisés. L’éclosion a lieu une dizaine de jours après.

L’élevage des chenilles.

A la naissance, les chenilles sont transférées dans une boîte en plastique aérée. La nourriture est présentée sous forme de feuilles coupées en morceaux afin que la jeune chenille puisse découper plus facilement le limbe parfois coriace. Le feuillage est toujours lavé pour éliminer les parasites, prédateurs et autres poussières. Il est également égoutté car les chenilles meurent de dysenterie en avalant trop d’eau. Il faut éviter de donner des jeunes feuilles car certaines espèces peuvent être toxiques. La nourriture est renouvelée dés les premiers signes de dessèchement et surtout avant que toutes les feuilles ne soient consommées. Les chenilles ne doivent pas manquer de nourriture.

A partir du 2ème stade, les chenilles moins fragiles sont placées dans une cage. La nourriture est constituée de feuillage dont l’extrémité de la tige trempe dans l’eau. L’ouverture du pot est obstruée pour empêcher que les chenilles se noient.

Lors du changement de nourriture, les chenilles doivent être manipulées minutieusement pour ne pas les blesser. Au cours des premiers stades, on utilise un pinceau pour les transférer d’une branche à l’autre. Par la suite, il faut mieux ne pas déranger la chenille et couper le rameau ou la feuille sur lequel elle se trouve.

Les chenilles sont très fragiles et sensibles. La cage est nettoyée tous les jours pour éviter tout risque de développement de champignons pathogènes (mycoses) ou de maladies (viroses). La surpopulation est également un risque (maladies, cannibalisme), elles sont donc séparées au fur et à mesure de leur croissance. Le vagabondage des chenilles peut indiquer de mauvaises conditions d’élevage (nourriture, hygrométrie, surpopulation...).

Pour les chenilles dont la chrysalide est souterraine, le fond de la cage sera recouvert de terreau.

Selon les espèces, les chenilles mettent de 1 à 3 mois pour se développer.

La conservation des nymphes.

Les chrysalides et cocons peuvent être faits sur le végétal ou les parois de la cage. S’il y a plusieurs générations par an, on peut laisser les nymphes dans la cage et attendre les éclosions.

S’il n’y a qu’une génération, il faudra les conserver pendant plusieurs mois voire plusieurs années. Pour les espèces paléartiques et certaines espèces exotiques, elles seront gardées à l’extérieur sous abri. Les autres pourront être conservées dans le bas du réfrigérateur. Les chrysalides souterraines seront enterrées dans un bac de terreau et placées à l’extérieur sous abri. Elles seront régulièrement humidifiées et resteront ainsi jusqu’au printemps suivant.

Au moment des éclosions, les nymphes seront placées dans les cages, les chrysalides de rhopalocères sont suspendues alors que les cocons de Attacidae sont posées sur un papier absorbant humide.

Beaucoup d’espèces de lépidoptères sont donc désormais élevées. Il est en effet facile de récolter des chenilles ou des chrysalides des espèces de nos régions et pour les espèces exotiques ou plus rares, il est possible de se procurer des œufs et des nymphes auprès des nombreux éleveurs amateurs. Ainsi, grâce aux élevages, on découvre le cycle et l’aspect de l’insecte à ses différents stades. La chenille change par exemple de couleur au cours de sa croissance et la chrysalide a parfois une forme très particulière et très colorée. Pour beaucoup d’autres et notamment les espèces exotiques, les chenilles ou la plante nourricière étaient il y a encore peu de temps inconnues, certaines le sont toujours. Dans certains cas, l’élevage permet d’obtenir des femelles qui sont extrêmement rares dans la nature.

Depuis plusieurs années se sont également créées des serres ou fermes à papillons. Il en existe en France et dans beaucoup d’autres pays. Cependant, dans la plupart des cas, ces établissements ouverts au public ne font pas d’élevage à proprement parlé. Ils s’approvisionnent généralement en chrysalides auprès de serres en Asie ou en Amérique du sud (encore peu développée en Afrique). Celles-ci ne font également que peu d’élevage, la majorité des insectes provenant de la nature. Or, il est possible de réaliser des élevages en continu et de limiter ainsi les prélèvements dans la nature. Certaines espèces sont aujourd’hui menacées, le plus souvent par la destruction du milieu. Leur élevage permet de les sauvegarder et parfois de les réintroduire. Des projets de conservation et de développement notamment en Afrique commencent à s’intéresser à cette activité dans le but de :

- lier conservation et développement par une utilisation durable des papillons au profit des populations locales ;

- développer le tourisme en établissant une nouvelle attraction écotouristique ;

- développer l’éducation en matière de protection de l’environnement ;

- créer des emplois et apporter des revenus par l’exportation d’insectes provenant d’élevage.