cétoines

Les cétoines.

On trouve les cétoines dans le monde entier et dans tous les milieux, du niveau de la mer à plus de 3000 mètres d’altitude et des déserts aux forêts tropicales. Elles sont toutefois particulièrement représentées en régions tropicales et notamment en Afrique où l’on trouve les genres les plus spectaculaires tels que Goliathus ou Mecynorrhina,...On compte plusieurs milliers d’espèces à travers le monde dont une trentaine en France.

Collectionnées depuis de nombreuses années, elles sont désormais élevées. En effet, après les lépidoptères et les phasmes, les entomologistes commencent à élever des coléoptères. Parmi eux, les cétoines occupent une place de choix en raison de leur taille parfois remarquable (plus de 10 cm pour Goliathus regius) et de leurs magnifiques couleurs. Malgré tout, leur biologie et leur écologie restent toujours très méconnues. Beaucoup d’espèces sont aujourd’hui élevées sans problème mais les données de terrain font encore défaut. Par conséquent, la plupart des espèces sont élevées dans les mêmes conditions. Cependant, il arrive que certaines espèces nécessitent de nouvelles méthodes, il faut alors improviser.

Morphologie.

L’adulte.

Les cétoines ont des couleurs et des formes très diversifiées et le dimorphisme sexuel est souvent très prononcé. Ainsi, il est en principe facile de reconnaître les mâles des femelles. Tout d’abord par la taille, les femelles étant généralement plus petites mais surtout, dans beaucoup de genres tels que Chelorrhina ou Eudicella, les mâles arborent des excroissances céphaliques parfois impressionnantes.

Pour d’autres genres et notamment pour des espèces plus petites où le dimorphisme sexuel est moins prononcé, l’identification se fera en observant l’abdomen. En effet, l’abdomen des mâles présente une dépression suivant l’axe longitudinal médian. C’est le cas par exemple pour les Pachnoda ou les Euchroea mais aussi pour toutes les espèces paléartiques (Cetonia, Potosia...). Enfin, si un doute persiste, on peut regarder le dernier sternite abdominal. Celui-ci est fortement ponctué chez la femelle alors que chez le mâle, la ponctuation est réduite à deux petites taches latérales.

La larve.

La morphologie des larves de cétoines est en général peu variable et comme pour les lucanes ou les capricornes, on parle souvent de « vers blancs ». En effet, les larves de cétoines sont le plus souvent blanches avec la tête marron-orange. Deux grandes ocelles situées derrière la tête ainsi que les orifices des stigmates sont de la même couleur. Il en est de même pour les soies. Lorsqu’on les manipule, les larves des espèces paléartiques sont généralement courbées et le tégument est dur alors que pour la plupart des espèces exotiques, elles sont très mobiles, cherchant à s’enfuir. Toutes les larves de cétoines se déplacent sur le dos.

Toutefois, parmi les espèces que j’ai élevées, deux genres ont des larves vraiment différentes. Il s’agit d’Amaurodes et de Megalorrhina dont les larves sont grises avec la tête et les ocelles noires. Le tégument est dur , les larves presque rigides et en dehors du terreau, elles sont très peu mobiles.

Techniques de chasse et obtention des souches.

Les cétoines sont des insectes actifs aux heures les plus chaudes de la journée. Les adultes sont floricoles et/ou frugivores et volent le plus souvent à la cime des arbres à la recherche de nourriture. On peut également les trouver sur les troncs où la sève s’écoule (Dicranorrhina, Coelorrhina...) ou le long des sentiers, sur les ombellifères et les chardons (cetonia, Potosia...). dans ce cas, elles sont faciles à collecter mais la plupart des espèces sont difficiles à capturer même au filet. On utilise alors des pièges telles que des bouteilles en plastique suspendues dans les arbres. Les pièges à papillon de type Plantrou sont également efficaces. L’appât est constitué de fruits mûrs, en particulier de bananes ayant ou non macéré dans l’alcool (bière, rhum...).

Les larves quant à elles sont récoltées dans les arbres creux. Elles sont souvent profondément enterrées ou dans les interstices du bois mais la présence d’excréments permet d’être sûr qu’il y a des larves dans le tronc.

On peut ensuite mettre les insectes en élevage. Pour les adultes il n’y a pas de problème mais les larves seront placées en quarantaine pour éviter tout risque de transmission de parasites, champignons ou virus.

Les conditions d’élevage.

Les informations suivantes présentent les conditions dans lesquelles j’élève les cétoines. Chaque éleveur a mis au point ses propres méthodes mais les bases restent généralement les mêmes. On distinguera toutefois les espèces paléartiques et exotiques. En effet, les larves des espèces paléartiques ont en général une période de diapause due aux exigences climatiques plus rigoureuses. De ce fait, leur élevage est souvent plus long que pour les espèces exotiques. Il peut être nécessaire de les garder à l’abri à l’extérieur afin de respecter cette diapause.

Les terrariums.

L’ensemble des élevages est réalisé en appartement dans une pièce (chauffée l’hiver) où la température est comprise entre 20 et 25°C. La taille des bacs varie en fonction du nombre d’individus et de leur taille. Ils se répartissent en 3 catégories :

- Des bacs de 0,20x0,25x0,35m. Ils sont entièrement réalisés en verre collé. L’ouverture se fait par le haut. Le terreau est disposé en couche de 8 à 10 cm d’épaisseur afin que les adultes puissent s’enterrer et pondre. Le reste est libre avec des branches allant jusqu’en haut pour que les adultes puissent voler et aller se chauffer sous la lumière.

- Des bacs de 0,50x0,40x0,40m. Ceux-ci se divisent en deux parties, la première de 0,50x0,40x0,16m est en bois et est remplie de terreau, la deuxième est en verre et est amovible.

Enfin, d’anciens aquariums. Ils sont entièrement en verre et vont jusqu'à 200 litres. Ils sont utilisés pour des espèces de grande taille telle que les Chelorrhina et lorsque l’occasion se présente les Goliathus.

L’éclairage est assuré par des tubes néon de 30 W placés au dessus des bacs. Les bacs sont ainsi éclairés pendant environ 12 heures ce qui correspond à la durée moyenne du jour en région équatoriale. La partie aérienne des bac est aussi importante que le terreau car certaines espèces comme les Eudicella sont très actives et ont besoin de pouvoir voler et de se poser à proximité des lampes pour se chauffer.

Le substrat.

La qualité du substrat est très importante car c’est le milieu de ponte des adultes et le milieu nutritif des larves qui sont saproxylophages.

Lorsque j’ai commencé les élevages, j’utilisais du terreau de bois, en particulier de chêne que je récoltais dans les vieux arbres creux. Je trouvais alors parfois 40 à 50 kg dans un seul arbre. Mais, après quelques années et le nombre d’espèces augmentant, je ne pouvais trouver la quantité de terreau suffisante. Le problème résidait principalement dans la recherche des arbres qui disparaissaient au gré des remembrements. Le bocage breton disparaissant, il me fallait donc essayer un autre substrat. J’ai ainsi utilisé du terreau de bois de saule mais celui-ci sèche très vite. Les bois et forêts étant encore assez nombreux autour de Rennes, je suis finalement passé du terreau de bois au terreau de feuille. J’ai alors choisi de préférence les forêts de hêtres et de chênes en évitant les zones à résineux, ces derniers devenant de plus en plus nombreux dans nos forêts. La méthode de récolte est simple et finalement moins fastidieuse que de chercher des arbres creux. Il suffit de « gratter » l’humus ou sol noir juste en dessous de la litière. Une partie des feuilles est également prélevée, le reste est remis en place pour recouvrir le sol. Un premier tri se fait sur place pour enlever les amas de racines et les cailloux.

Par la suite, ce terreau est réduit à la main ce qui permet d’enlever à nouveau les objets indésirables mais également de contrôler la qualité et d’en retirer les éventuels prédateurs. J’ai parfois désinfecté le terreau en le passant au four mais certains acariens sont résistants ou viennent par les fruits. Il m’est arrivé d’avoir un développement important de ces acariens, certains se plaçant sous les adultes, d’autres plus petits sur les larves. J’ai souvent pu remédier à ces invasions en changeant le terreau après avoir nettoyé un maximum d’individus.

Le terreau est ensuite mis en terrarium. Il doit être humide et non mouillé. S’il est ramassé après la pluie ou l’hiver, il faut le conserver quelques jours à l’abri. Par contre, s’il est récolté l’été, il se peut qu’il soit trop sec. Dans ce cas, il faut le réhumidifier. Pour ma part, j’essaye généralement de faire des « provisions » avant l’été en le conditionnant dans les bacs vides.

La température.

Les élevages étant réalisés en appartement, la température ambiante est en moyenne de 22°C. Grâce à l’éclairage, la température à l’intérieur des bacs atteint dans la journée 24 à 26°C. La nuit, la température s’équilibre avec celle de la pièce. J’ai parfois utilisé des câbles chauffants mais la température étant généralement suffisante, ils n’étaient pas indispensables. Il arrive bien sûr que des écarts plus importants surviennent, notamment lorsque le chauffage est coupé mais ce n’est que sur une très courte durée. L’amplitude thermique est donc beaucoup plus faible qu’en milieu naturel où les différences jour-nuit et été-hiver peuvent être très importantes. Il n’est cependant pas possible de recréer de telles conditions.

L’humidité.

Bien que certaines larves vivent dans des milieux très humides ou au contraire très secs, on ne dispose pas en élevage des mêmes conditions de régulation. De ce fait, on admet généralement que le terreau doit être humide et non mouillé. C’est à dire qu’il ne doit pas coller au toucher. Le maintien de l’humidité se fait par vaporisation régulière, à chaque changement de nourriture ou en fonction de l’état du substrat.

La nourriture.

Elle est essentiellement composée de fruits mûrs (pomme, poire...) mais c’est la banane qu’ils apprécient le plus. De plus, la banane a l’avantage de développer moins de moisissures que les fruits précédemment cités. Les drosophiles peuvent cependant se développer en abondance (souvent sur de courtes périodes). Il n’y a pas de danger pour les élevages mais en appartement c’est gênant. La propreté des élevages est une des conditions premières à respecter. Malgré tout, ces petites bêtes sont envahissantes et les fruits sont donc fréquemment renouvelés pour éliminer les larves.

J’ajoute également parfois du pollen placé dans un bouchon. Il est remplacé régulièrement car la moisissure se développe rapidement. On peut aussi donner du miel.

Chaque éleveur a sa propre recette (châtaignes, légumes, compléments vitaminés...).

Les larves consomment aussi ces fruits qu’elles enterrent. De même, j’ai observé des larves venir chercher des grains de pollen dans le bouchon.

L’élevage des adultes.

Une fois le terreau installé, les insectes peuvent être mis en élevage. Si tout se passe bien, après quelques jours, on observe davantage les mâles. Les femelles restent longtemps enterrées pour pondre. Elles choisissent en général le fond du bac où l’humidité est plus importante. Les œufs sont souvent entourés d’une gangue de terreau. Il n’est pas rare d’ailleurs de voir les œufs en regardant le bac par dessous. Ils ont un tégument mou et sont de couleur blanc ou ivoire, le plus souvent de forme ovoïde. La taille dépend bien sûr de l’espèce. Pour les petites espèces, il faut donc regarder soigneusement le terreau.

Afin de voir si l’élevage se déroule bien, je fouille un peu le terreau à chaque changement de nourriture à la recherche des œufs et des jeunes larves. Toutefois, je ne commence à ramasser les larves qu’à partir d’un certain nombre (variable selon les espèces et la taille). Mais je ne récolte jamais les œufs, sauf si le terreau doit être changé. En effet, j’ai remarqué que j’avais beaucoup de perte à ce stade si je les déplaçais. Dans le cas où le terreau doit être changé, il est mis dans un bac dans l’attente de l’éclosion des œufs restant. C’est aussi l’occasion de laisser grandir les plus petites larves pour ne pas en oublier. Régulièrement donc, le bac est entièrement fouillé pour récolter un maximum de larves et pour retirer une partie des excréments. Le terreau quant à lui est entièrement changé lorsqu’il est usagé. Cela se remarque car il diminue dans le bac mais surtout par la quantité d’excréments qui s’accumulent en surface.

Ces opérations sont répétées jusqu'à ce qu’il n’y ait plus de femelles à pondre dans le bac. L’entretien et le suivi des élevage sont les conditions de leur réussite. Les bac sont lavés à chaque fois qu’ils sont fouillés.

Il est important de récolter les larves car si elles deviennent trop nombreuses, elles risquent de se blesser entre elles ou même de se dévorer mais également d’abîmer les adultes en coupant notamment les tarses.

ATTENTION : il est important de ne jamais mélanger les terreaux provenant de bacs différents. Pour des raisons sanitaires mais également pour ne pas risquer de mélanger des larves.

L’élevage des larves.

Une fois récoltées, les larves sont comptées et triées par taille. Elles sont ensuite réparties dans diverses boîtes contenant le substrat cité précédemment. On peut également ajouter d’autres éléments dans le terreau. Beaucoup utilisent du fumier décomposé, d’autres ajoutent des morceaux de carottes ou de concombre. Pour ma part, après avoir essayé ces deux derniers éléments et du crottin de cheval, je n’ai pas remarqué de changement dans les élevages et je n’utilise maintenant que le terreau. Comme pour la nourriture des adultes, c’est à chacun de voir ce qui convient le mieux. Tout dépend également de l’espèce considérée. Certaines larves ayant la réputation d’être cannibales, on veillera à les mettre dans des boîtes suffisamment grandes et par petits groupes. D’autres seront élevées en assez grand nombre, notamment les espèces du genre Pachnoda qui sont généralement prolifiques et tolérantes.

Au cours de leur croissance, ces larves vont muer à plusieurs reprises. Comme elles vivent enterrées, l’observation de ces mues est beaucoup moins facile que pour les lépidoptères. On remarquera cependant parfois des larves très blanches au tégument mou et au masque pas encore coloré. De même, en fouillant le terreau, il n’est pas rare de trouver le masque de la mue précédente. Au fur et à mesure qu’elles grossissent, elles seront à nouveau séparées. Durant cette période, le terreau est fréquemment changé, en fonction de la quantité d’excréments. Il ne faut surtout pas qu’elles manquent de nourriture sinon elles se mangeront entre elles ou il y aura des risques que cela se répercute sur la taille des adultes. On fera attention aussi à l’état du terreau et notamment à son humidité.

Pour les espèces rares, ou celles dont je ne dispose que de peu de larves, je les isole dans des bouteilles d’eau minérale. Dans ce cas, chaque larve dispose d’un peu plus d’un litre de terreau. Cette méthode permet d’optimiser la réussite de l’élevage. La qualité du terreau est par ailleurs facilement vérifiable en fonction du niveau dans la bouteille. Enfin, la loge est souvent faite sur la paroi ce qui permet de voir l’évolution de la nymphe, celle-ci ne risque pas non plus d’être dérangée par une autre larve.

Vient ensuite le moment de la nymphose. Les larves confectionnent une coque (ou loge) en amalgamant le substrat, des brindilles et même des excréments. Ces loges sont très solides. Elles peuvent être faites en pleine terre ou contre les parois du bac ou encore sur un morceau de bois, les unes collées aux autres. Ces loges sont ramassées (excepté celles collées sur les parois) et mises dans une autre boîte ce qui évite de les manipuler lorsqu’on change le terreau des larves. Elles resteront ainsi jusqu'à l’éclosion, un à deux mois pour un grand nombre d’espèces.

Le cycle complet, c’est à dire de l’œuf à l’adulte, est très variable selon les espèces. Pour les petites telles que les Pachnoda, il est d’environ 6 à 8 mois. Pour les plus grosses comme les Amaurodes ou les Chelorrhina, il faut compter 12 mois. Enfin, les Goliathus se développent probablement sur 3 à 4 ans.

Comme je l’ai signalé précédemment, il faut différencier les espèces exotiques et paléartiques pour lesquelles il faut tenir compte de la diapause. Pour ces dernières l’élevage se fait souvent sur deux ans.

Beaucoup d’espèces de cétoines (et de dynastes) sont donc élevées de cette manière et sans grande difficulté. Cependant, il arrive que certaines espèces exigent des conditions particulières mais en raison du manque d’information sur leur biologie, il est très facile de perdre la souche. C’est le cas notamment pour les Euchroea que j’ai tenté d’élever mais sans succès. Pour d’autres genres tels que les Eudicella, c’est à la dégénérescence qu’il faut faire attention, les adultes devenant plus petits (notamment la corne) et moins prolifiques. Pour d’autres espèces, les problèmes surviennent à la nymphose, les coques étant trop fragiles, les larves les cassent ou elles se cassent lors des manipulations.

Les élevages permettent donc de faire beaucoup d’observations. Malheureusement, le nombre d’espèces est encore assez limité et les études de terrain trop rares.